Décryptage politique
Delanoë : Petit Bertrand deviendra grand ?
Par Olivier
Tandis qu’à droite Xavier Bertrand est unanimement décrit comme « l’homme qui monte », l’actualité est marquée à gauche par la progression constante de Bertrand Delanoë. Parution d’un livre – projet, débat sur le positionnement du PS par rapport au libéralisme et libération d’Ingrid Bétancourt : depuis sa réélection à Paris, tout est prétexte à parler de lui et tout semble lui sourire. Au point que son statut d’homme municipal parait désormais trop étroit.
La popularité de Bertrand Delanoë : une tendance de fond
Cette place de favori et d’éventuel futur leader de la gauche française ne doit pourtant rien au hasard et ne s’est pas construite du jour au lendemain. Le rôle croissant qu’est amené à prendre Bertrand Delanoë date en réalité de la défaite de Ségolène Royal au second tour de la présidentielle. Ainsi, à la question « Souhaitez-vous lui voir jouer un rôle important au cours des mois et des années à venir ? » posée dans le cadre du baromètre TNS Sofres pour le Figaro Magazine, la part de personnes interrogées répondant de manière positive n’a cessé d’augmenter ; passant de 34% en mai 2007 à 53% en juin 2008.
L’homme qui monte… quand les autres chutent ou stagnent
Cette tendance à la hausse a pour corollaire une baisse continue de Ségolène Royal. Cette dernière connait en effet une longue chute de confiance passant de 52% de personnes souhaitant la voir jouer un rôle important au cours des mois ou années à venir en mai 2007 à seulement 41% en juin 2008. Cette baisse semble même s’accélérer depuis les élections municipales puisque cette part était encore de 46% en mars 2008).
Parallèlement les autres poids lourds traditionnels du PS ne paraissent pas en mesure de rivaliser : à cette même question, les scores de Laurent Fabius ou Arnaud Montebourg n’ont jamais dépassé les 26% de réponses favorables, les autres stagnant à des niveaux encore plus faibles.
Le seul qui semble encore pouvoir rivaliser semble être Dominique Strauss-Kahn (45% de Français souhaitant le voir jouer un rôle important). Effet bénéfique de l’éloignement ? Peut-être, toujours est-il que sa fonction de directeur du FMI à Washington et les dissensions apparues au sein de ses partisans ne plaident pas en sa faveur pour guider le Parti Socialiste.
Un homme politique qui plait à gauche mais également à droite
La popularité de Bertrand Delanoë ne se dément pas : depuis le mois d’avril il se maintient comme la personnalité politique préférée des Français. S’il atteint des sommets à gauche avec 80% d’adhésion chez les sympathisants socialistes, il parvient également à battre nombre de personnalités de droite auprès de leur propre clientèle (61% d’avis favorables chez les proches de l’UMP) selon une étude de l’institut Ipsos pour Le Point publiée en mai dernier. Il apparait ainsi comme la seule personnalité de gauche qui rassemble une majorité d’avis favorables dans les rangs des sympathisants UMP.
Une stature d’homme d’État et d’homme politique à la mode
Peu à peu, le maire de Paris est ainsi parvenu à se forger une crédibilité d’homme d’État, sans commune mesure avec le rôle pariso-parisien dans lequel il semblait enfermé depuis quelques années. Il est ainsi la personnalité de gauche que les Français souhaiteraient majoritairement voir Président de la République (57% de l’ensemble expriment ce souhait contre seulement 28% qui souhaiteraient voir Ségolène Royal élue parmi les personnalités de gauche à cette fonction ; parmi les sympathisants PS, ils sont respectivement 54% et 40%).
Il possède également l’envergure au poste de Président de la République pour une majorité de Français (58%) et de sympathisants socialistes (74%). De même, ses principaux traits de caractère supposés restent des qualités attachées à celles qu’on attend traditionnellement d’un homme d’Etat : compétence (73% pour l’ensemble, 85% pour les sympathisants PS) et charisme (respectivement 71% et 83%). Il est également perçu comme moderne (69% chez l’ensemble et 82% chez les sympathisants PS), tolérant (67% et 77%) et sincère (64% et 74%).
Cette double casquette de star des sondages et d’homme d’Etat pourrait rapidement l’imposer comme un des incontournables pour les prochaines échéances du Parti Socialiste. Il pourrait ainsi griller la politesse à Ségolène Royal de la même manière que cette dernière avait grillé la politesse aux « éléphants » en surfant sur une popularité – à l’époque soudaine et ne récoltant les fruits d’aucun acte politique majeur ; c’est sûrement la principale différence entre les deux phénomènes – qui lui avait permis en son temps de s’imposer dans le débat.


Bien vu cette analyse
Delanoë a bien joué le coup en annonçant qu’il se présentait à la présidence du PS. Je pense qu’il peut faire un bon truc en plus, en tout cas, ce sera mieux que Hollande et Royal…
Très bonne analyse : effectivement Bertrand delanoë est désormais prêt à prendre la direction du parti socialiste au prochain congrès de reims
L’article est objectif : effectivement les chiffres affichés par les instituts de sondage lui sont favorables, mais…
- les propriétaires des instituts de sondages ne sont pas de gauche. Représentent-ils toutes les régions ? j’en doute fort.
- quelques personnes actuellement au pouvoir (y compris à la tête du PS) aimeraient éliminer quelqu’un qui menace leur pré carré, le fauteuil lucratif auquel ils s’accrochent tant il est bien connu que le PS est redevenu le parti d’élus qu’il était en nov. 2005 (120 000 socialistes) après avoir atteint un pic en nov. 2006 (320 000 socialistes) , puis avoir vu 40% de ses membres s’enfuir, dégoûtés… (NB : Je suis sûre que DSK a pensé à remercier ceux qui l’ont propulsé à la tête du FMI ? Mais suis-je bête : vous savez qui, bien entendu !)
- … et il se trouve que nous sommes dans une période décisive qui aboutira (ou pas, si ce n’est pas S. Royal qui est à sa tête) à une perspective de reconstruction d’une gauche INTEGRE, ACTIVE, DEMOCRATIQUE, et SANS COMPROMISSIONS, une gauche qui n’a PAS PEUR D’ASSURER LE POUVOIR.
On peut raisonnablement se douter que quelques unions provisoires ont eu lieu entre factions antinomiques, qui se partageront la dépouille (du PS) après.
- le fait est que Delanoë, tout comme DSK, est l’homme que la droite aimerait voir à la tête du seul parti d’opposition qui puisse encore espérer « faire figure » dans les années à venir… Delanoë aussi. Jospin aussi. DSK aussi. Et d’autres sans doute.
Une issue, à mon sens : la meilleure !
Bonsoir jocegaly,
vos remarques sont intéressantes et reflètent assez bien les questions que beaucoup de gens posent au sujet des sondages et des analyses politiques qu’on peut en tirer.
Je me propose de répondre à vos différents points
Tout d’abord votre première remarque.
Il n’existe en fait généralement pas de « propriétaires » d’instituts de sondage qui détiendraient le pouvoir de modifier les chiffres à leur convenance ; d’abord parce qu’ils n’en ont pas la possibilité technique (ils ne peuvent intervenir dans le processus de production), ensuite parce que souvent eux-mêmes ignorent la manière dont sont redressés les chiffres publiés.
Par ailleurs, les responsables d’instituts de sondages doivent avant tout être considérés comme des personnes cherchant avant tout à faire leur métier le plus correctement possible : en terme de crédibilité, aucun d’entre eux n’aurait intéret à « truquer » les résultats d’un sondage dans un sens ou dans l’autre.
La pouplarité de Delanoé est éphémère. Aujourd’hui son éxécutif à PAris annonce une hausse des impots locaux de 9%. Le masque tombe ainsi : Delanoé est bien l’ami et contemporain des Jospin, Vaillant et cie… Une apparence de moderne mais une gestion typiquement socialiste à l’ancienne de la municipalité, qu’il n’aura pas pu camoufler plus d’un mandat…