Elections européennes, sondages, clés du scrutin
Par Mayeul l'Huillier
4 juin 2009 •
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Les élections européennes approchent à grand pas, sans faire beaucoup de bruit. Nous sommes maintenant à quelques jours du scrutin, et il est grand temps de faire le point sur les enjeux et les clés de compréhension de cette élection si particulière. Cette analyse se basant sur les sondages actuellement publiés par les divers instituts de sondage, elle ne peut être considérée comme une présentation prédictive des résultats issus des votes des Français le 7 juin.
La participation : des premiers signaux négatifs
Depuis 1979 et l’apparition des élections européennes dans la vie politique française, ces élections ont toujours connu auprès des citoyens un désintérêt important. Pire, la chute de la participation aux scrutins européens entre 1979 et 1992 a précédé le désintérêt croissant des Français envers la chose publique. Le léger regain de participation qui a suivi l’élection présidentielle de 2002, symbolisé par la mobilisation record à l’élection présidentielle de 2007, a oublié les élections européennes qui ont connu une nouvelle baisse de participation entre 1999 et 2004 (alors que les élections régionales connaissaient un léger regain d’intérêt entre 1998 et 2004).
D’après la dernière intention de vote publiée par l’institut CSA, 52% des personnes interrogées affirment vouloir s’abstenir ou voter blanc le 7 juin. Ce type de sondages, s’il ne permet pas de se faire une idée précise de l’abstention qui nous attend, a montré lors des précédents scrutins qu’il donnait une tendance assez fiable de cet indicateur de la vitalité de la vie politique. Ainsi à une semaine du scrutin présidentiel de 2007, CSA prédisait 19% d’abstention pour un résultat de 16%, et en 2004 lors du dernier vote européen, CSA annonçait 49% d’abstention (contre 58% enregistrés le jour du scrutin). Nous serions donc aujourd’hui proches de ce dernier score, tout l’enjeu étant de savoir si les 42,8% de participation de 2004 seront dépassés ou non.
La droite : une victoire annoncée qui cacherait une grande défaite
Le scrutin européen qui approche devrait être marqué par un assez joli coup réalisé par le parti du président Sarkozy. Alors que tout le monde s’attendait, en raison notamment de la popularité en berne du gouvernement et du président, à une défaite électorale de la droite et notamment de l’UMP lors des élections, beaucoup d’observateurs de la vie politique française sont aujourd’hui surpris par le score que les sondages prédisent à l’alliance UMP-Nouveau Centre pour le vote du 7 juin. Suivant les instituts, elle peut espérer faire un score entre 25% et 28%, loin devant les partis suivants. Mais loin d’être une victoire, un tel résultat pourrait être synonyme de la plus grande défaite électorale de la droite depuis le début de la Vème République. D’après la dernière intention de vote publiée par l’Ifop, le total des points prédits pour la droite seraient en effet, avec 33%, soit le plus faible jamais enregistré au niveau national depuis 1958, au même niveau que celui des élections régionales de 2004. Pour exemple, les 37% du total droite des élections européennes de 2004 avaient déjà été considérés comme une déroute.
En ayant empêché l’émergence d’une offre électorale diversifiée, le parti présidentiel s’est offert la possibilité de maquiller en victoire pour lui l’échec électoral de son camp. Ainsi, et c’est là tout le génie de l’UMP actuellement, alors qu’elle avait fait moins de la moitié de la droite en 2004, elle devrait le 7 juin concentrer avec les listes UMP-NC plus de 80% du score de la droite en 2009 (les listes de droite souverainiste étant la seule alternative possible à droite). La répartition géographique des votes que vont recueillir les listes UMP-NC le 7 juin devrait nous permettre d’en savoir un peu plus sur le profil exact de la droite ainsi constituée.
Cette stratégie, en plus de permettre à l’UMP de régner en maître sur la droite suite à la recomposition de l’échiquier politique provoquée par François Bayrou depuis 2007, pourrait offrir également au parti du Président une multiplication du nombre de députés européens issus de son parti. Car les élections européennes étant un scrutin à un seul tour, il est nécessaire, pour avoir un maximum d’élus, d’être le plus fort possible et le plus uni possible au moment de se présenter devant les électeurs, afin d’avoir une délégation unie et de limiter les effets de seuil liés à la répartition des postes à pourvoir. Ainsi, de 17 députés européens UMP élus en 2004, on pourrait atteindre 25 le 7 juin.
Grâce à cette logique, l’UMP, malgré la déroute de la droite, deviendrait l’incontestable leader de ce camp et serait le parti politique le mieux représenté à Strasbourg, ce qui s’apparente, malgré tout, à un coup de maître pour augmenter son influence au parlement européen, malgré des circonstances très défavorables.
La gauche : cruelle dispersion
A l’inverse, la gauche, que le contexte semble pourtant favoriser, n’arrive pas à se trouver un véritable leader, rôle que notamment le PS n’arrive pas à tenir. Avec une prévision de score entre 20% et 22%, la partition que joue le PS montre ses limites actuellement et, si l’on y ajoute la diminution du nombre total de parlementaires européens français le 7 juin, risque de causer une très forte baisse du nombre de représentants du parti de Martine Aubry. Avec 31 députés européens sortants, la mise semble énorme pour un parti qui n’a pas réussi à réunir ses alliés habituels derrière une bannière unique, et n’arrive même pas à faire le plein des voix de ses sympathisants : seuls 63% des électeurs de Ségolène Royal au premier tour de la présidentielle de 2007 votent pour les listes du PS et 75% des sympathisants PS, soit une moindre mobilisation de l’électorat historique que pour le PC ou l’UMP.
La difficulté du Parti Socialiste à se positionner clairement sur la construction européenne depuis le référendum de 2005 pèse d’ailleurs fortement dans cette incapacité à réunir les militants et les autres partis autour de lui dans cette campagne. Ainsi, parmi les militants du Oui en 2005, 20% disent vouloir voter PS le 7 juin (contre 41% qui se déclarent pour l’UMP), et chez les anciens nonistes, 22% soutiennent le PS, ce qui met en évidence le manque de clarté de la doctrine du PS. Sur cet électorat, il subit d’ailleurs une farouche concurrence du Front de Gauche (2% chez les partisans du oui, 14% chez les nonistes) et du NPA d’Olivier Besancenot (4% et 9%).
On observe également une restructuration de l’électorat PS en fonction du niveau de diplôme : alors que le vote Royal était relativement uniforme suivant les niveaux de diplôme, il apparait aujourd’hui que le PS séduit largement plus les moins diplômés que les plus diplômés. Inversement, alors que le vote Sarkozy était légèrement plus présent chez les moins diplômés, il s’appuie aujourd’hui très fortement sur les plus diplômés. On peut également observer un léger écrasement de l’écart de pénétration du vote Modem entre les moins diplômés et les plus diplômés.
Alors que les tergiversations du PS entre soutien et opposition à la construction européenne semblent surtout l’affaiblir, l’alliance d’un ancien partisan du oui (Cohn-Bendit) et d’un ardent défenseur du non (José Bové) en 2005 pourrait être une des forces de la liste Europe Ecologie, dont les soutiens sont bien représentés dans ces deux camps, et qui grappille des intentions de vote chez les sympathisants de très nombreux partis. Avec des intentions de vote entre 10% et 14%, cette liste pourrait créer une des surprises de l’élection et enlever, pendant les derniers jours de campagne, la troisième place derrière les deux formations les plus importantes.
Le MoDem : entre opposition et contestation
Crédité d’un score compris entre 11% et 14% dans les sondages pré-électoraux, et de la troisième ou la quatrième place, le MoDem semble aujourd’hui avoir réussi le pari qu’avait lancé François Bayrou au lendemain de l’élection présidentielle de 2007.
Pour reprendre l’analyse réalisée par Nicolas Sauger (Cevipof)1, le vote Bayrou de 2007 était composé de trois électorats distincts : un premier issu de l’UDF, caractérisé par un vote de droite plutôt libérale, un second intitulé les « Bayrou de gauche » qui regroupait à la fois des anciens Verts et des ex-socialistes convertis et un troisième que Nicolas Sauger qualifie de « conservateur » mais qui semble aujourd’hui, avec deux ans de recul, être surtout un vote relativement contestataire notamment en raison de son jugement très négatif vis-à-vis de l’Union Européenne.
Le positionnement politique de l’élu béarnais, et son choix de s’inscrire dans l’opposition au gouvernement actuel, a fortement fait évoluer son électorat depuis 2007. Aujourd’hui, moins d’un électeur Bayrou en 2007 annonce vouloir voter pour le MoDem le 7 juin (45%). On retrouve également un électorat défavorable au traité de Lisbonne se retrouve aujourd’hui parmi les personnes qui s’expriment en faveur des listes du MoDem. Chez les partisans du Oui en 2005, le MoDem obtient 14% des intentions de vote, mais chez les partisans, il recueille 10% des choix exprimés.
Entre la composition fortement anti-européenne du vote Bayrou et le glissement de son électorat, peut-être doit-on comprendre qu’à trop chercher un électorat à gauche le leader du MoDem a, en partie, perdu son électorat de centre-droit issu de l’UDF…
- http://www.cevipof.msh-paris.fr/PEF/2007/V2/PEF07V2-BayrouNS.pdf [Revenir]








Peut-on faire l’analyse de la probable victoire de l’UMP et du tassement du MoDem par la pyramide des âges et le civisme supposé de leur électorat : plutôt âgé et « civique » par légitimisme ou conformisme pour l’UMP et plutôt culturellement abstentionniste pour le MoDem…
L’électorat centre-droit ne serait-il pas parti au Nouveau Centre, tout simplement ? Cela paraîtrait logique !
Mais alors, avec l’alliance Nouceau Centre-UMP, est-ce que certains votes ne reviendraient pas au Modem ?
En fait, cette élection pose beaucoup de questions sur l’échiquier politique franco-français… alors que c’est un scrutin européen ! Je me demande si c’est la même chose dans les autres Etats de l’Union Européenne. En fait, malgré le système de répartition dans l’hémicycle strasbourgeois, les partis nationaux restent très marqués dans les élections européennes… Le plus amusant est peut-être de voir que la seule grande alliance politique à l’échelle de toute l’Europe, c’est Libertas, avec Philippe de Villiers en France, des irlandais, etc., qui n’est pas précisément un ensemble europhile !
Hello Michael
Effectivement, et on peut le voir après coup, la « victoire » de l’UMP se base avant tout sur la mobilisation de l’électorat de droite, notamment les plus de 65 ans, les CSP+, etc. Mais le contraire n’est pas forcément vrai pour le MoDem, les 18-24 ans qui se sont beaucoup abstenus, semblent avoir beaucoup voté pour Europe Ecologie, et habituellement votent fortement PS. Je te renvoie donc au sondage « soir du vote » réalisé par l’institut CSA et disponible sur leur site http://www.csa-fr.com.
@ Edel
Difficile de dire si l’électorat de centre droit est actuellement au Nouveau Centre, car ce parti n’ayant pas encore fait de campagne indépendante depuis sa création, on ne peut pas vraiment savoir ce qu’il pèse réellement. Pourtant sans aucun doute, c’est certainement cet électorat que visent Hervé Morin et les dirigeants du Nouveau Centre. Delà à savoir s’ils arrivent à le séduire…
à Edel,
Libertas est une sorte de franchise paneuropéenne qui part d’une idée intelligente mais qui s’est traduit maladroitement dans les faits. Libertas a choisi deux partis franco-français au lieu de choisir des hommes, candidats à un mandat européen. Le mouvement euro-sceptique ou souverainiste ne s’arrete pas à ces deux partis qui sont relativement minoritaire en France.
Ganley lui-même abandonne la politique sur un échec alors que va se dérouler un irlande un scrutin crucial pour l’avenir de l’UE, via le traité de Lisbonne… Un bon coup marketing, certes, mais pour 1 seul élu au final… C’est léger !
Ne pourrait on pas plutot imaginer les groupes parlementaires présenter leurs candidats ? Cela aurait sans doute plus de sens !