Elections régionales : et si la droite reprenait quelques régions…
Par Mayeul l'Huillier
15 juillet 2009 •
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Quelques semaines après les élections européennes qui ont vu la victoire en trompe-l’œil de l’UMP et la percée d’Europe Ecologie, les résultats du scrutin du 7 juin offrent d’importants enseignements en vue des élections régionales qui se tiendront en avril 2010 et qui devraient marquer un tournant dans le quinquennat du Président Sarkozy. En effet, deux ans la prochaine élection présidentielle, les élections régionales seront les dernières élections à l’échelle nationale1 et seront le début des deux dernières années du quinquennat.
Pourquoi analyser les résultats des élections européennes ?
Alors que les élections européennes ont connu une abstention très élevée (près de 60%) et qu’elles devaient concerner des enjeux dépassant le simple cadre régional, il pourrait sembler imprudent de conduire une analyse poussée des résultats de ce scrutin en vue des élections régionales de 2010. Pour autant, les européennes, en raison de leur place dans la séquence électorale, offrent un intérêt unique. En effet, les élections législatives sont, depuis l’instauration du quinquennat, directement liées aux scrutins présidentiels les précédant et ne permettent plus une analyse poussée de la situation politique des territoires. Et les élections cantonales et municipales, avec leurs offres électorales trop variées, ne peuvent pas être ramenées au niveau régional pour être analysées. Enfin, en vue des régionales de 2010, les enseignements issus du scrutin présidentiel de 2010, éloignés dans le temps et marqués par un contexte particulier (participation de 80% de la population, émergence du vote Bayrou dont la stratégie politique a troublé les équilibres politiques), ne fournissent pas des éléments assez solides.
Les élections européennes offrent donc la grille de lecture la plus pertinente actuellement. Le niveau de l’abstention enregistré en 2009, certes élevé, ne rend pas pour autant caduques les enseignements tirés de ces élections, puisque la participation aux élections régionales n’a pas dépassé 60% en 2004 et en 1998. Par ailleurs, le score national très faible recueilli par la droite parlementaire lors des élections européennes (35%) étant l’un des plus faibles jamais enregistrés2, il peut être considéré comme l’hypothèse basse du score de la droite pour 2010. Enfin, le faible score du FN stigmatise une baisse globale de son poids dans l’électorat, et permet d’établir des scénarios au sein desquels il ne pourra se maintenir au second tour en 2010 dans de nombreuses régions où il avait pu le faire en 20043. La projection des résultats des élections européennes permet donc de clarifier l’évolution électorale de chaque région, alors que la quasi-totalité des scrutins ont été remportées par la gauche en 20044 . Bien entendu, ces projections ne constituent en aucun cas des éléments prédictifs des scores recueillis à l’occasion des élections régionales, mais sont une modélisation des rapports de force actuels dans les régions françaises. Ces indicateurs en tiennent par ailleurs aucun compte de la situation politique exacte de chaque région et des candidatures pressenties pour les élections de 2010.
Une seule région actuellement à droite, qui devrait le rester
L’Alsace, seule région métropolitaine remportée par la droite en 2004, devrait logiquement être conservée par la majorité actuelle. Les projections réalisées montrent que le FN, qui avait recueilli 15% des suffrages exprimés en 2004, pourrait ne pas être en mesure de se maintenir au second tour. Mais malgré l’absence du FN au second tour, la droite ne disposerait pas forcément d’une grande marge de manœuvre, la droite ayant recueilli 52,5% des suffrages exprimés le 7 juin, dans une région pourtant considérée comme très à droite.
Quatre régions qui pourraient basculer de gauche à droite
Comme indiqué plus haut, la baisse du poids électoral du Front National pourrait l’empêcher de se maintenir au second tour dans de nombreuses régions et ainsi faire évoluer l’équilibre gauche-droite de 2004. Trois régions sont directement concernées par ce scénario : Champagne-Ardenne, où l’absence du FN devrait offrir la victoire à une droite qui a recueilli 53,5% des voix exprimés à l’occasion des élections européennes, et, dans une moindre mesure, Basse-Normandie et Centre, où la gauche a eu le 7 juin une avance très mince par rapport à la droite (respectivement 50,5% et 50,9% des suffrages).
Une quatrième région, Pays-de-la-Loire, présente pour sa part une situation assez étonnante, puisque, alors que la droite parlementaire a recueilli un total de voix faible au niveau national, les listes de droite ont mieux réussi que les candidats de droite à l’élection présidentielle de 2007. La présence de François Fillon, personnalité politique locale et tête de liste UMP à l’élection régionale de 2004, à la tête du gouvernement, le positionnement politique de Christophe Béchu, tête de liste UMP à l’élection européenne en 2009, et la plus forte mobilisation des électeurs de droite dans un scrutin fortement abstentionniste, pourraient en partie expliquer l’inversion du rapport de force depuis 2004 : au second tour, la gauche, emmenée par Jacques Auxiette avait devancé la liste de François Fillon, de 4 points (52% contre 48%, le FN n’ayant pas obtenu un score assez élevé au premier tour pour se maintenir) alors qu’aux européennes, le total droite atteint 52% des voix, contre 48% à la gauche.
Cinq régions qui devraient plutôt rester à gauche mais pourraient basculer en cas de poussée forte de la droite
La droite ayant recueilli à cette occasion son score le plus faible depuis le début de la Vème République, les élections régionales de 2004 se sont déroulées dans un contexte très favorable à la gauche. La position des élections régionales dans le séquençage électoral et leur statut d’élections intermédiaires laissent penser que la droite ne pourra reprendre qu’un nombre limité de régions. Pour autant, en cas de poussée de la droite au niveau national, la gauche pourrait être menacée dans cinq régions supplémentaires.
Pour quatre de ces régions, la chute du FN est encore le principal élément d’évolution du rapport de force : la Bourgogne, la Franche-Comté, l’Ile-de-France et Poitou-Charentes. Mais là encore, les situations diffèrent d’une région à l’autre. Ainsi, parmi ces régions, Poitou-Charentes est la seule à avoir voté majoritairement à gauche en 2007, ce qui peut s’expliquer par la candidature de Ségolène Royal, actuelle présidente de la région. Cette région est également la seule à connaître le même rapport de force gauche-droite en 2007 et en 2009 (51%-49% en faveur de la gauche), pour les raisons exposées par Jérôme Fourquet dans son analyse géographique du score de l’UMP aux européennes.
La dernière région qui pourrait être menacée en cas de poussée électorale à droite est la région Provence Alpes Côte d’Azur. Cette région est une des dernières où le FN pourra se maintenir, si l’on reste dans les tendances observées le 7 juin (11%). Mais la gauche ne dispose malgré cela que d’une avance limitée sur la droite (46%-43%), et un effondrement plus sensible du FN pourrait offrir la région à la droite.
Onze régions que la gauche devrait conserver
Les autres régions semblent actuellement des bastions de la gauche, et les équilibres observés à l’élection présidentielle de 2007 et aux élections européennes de 2009 ne laissent presque aucun espoir à la droite pour en récupérer la tête. Ainsi, en Aquitaine (56%-44%), Auvergne (56%-44%), Bretagne (54%-46%), Haute-Normandie (54%-46%), Languedoc-Roussillon (55%-45%), Limousin (60%-40%), Lorraine (53%-47%), Midi-Pyrénées (58%-42%) et Rhône-Alpes (53%-47%), la configuration électorale actuelle semble annoncer un statuquo en 2010, la gauche ayant été largement majoritaire le 7 juin. En Nord-Pas-de-Calais, la présence ou non du FN au second tour ne devrait pas non plus changer la donne, la gauche ayant une avance assez large (53%-35%-12%). Enfin, en Picardie, le FN devrait logiquement se qualifier pour le second tour (14%) et briser les espoirs de conquête de la droite, qui a recueilli 40% des voix le 7 juin.
Avec le faible score de la droite aux élections européennes de 2009, il est déjà possible d’avoir un aperçu de la France des régions telle qu’elle sortira des scrutins régionaux de 2010. Mais soyons prudent, car ces élections ne concernent pas les mêmes enjeux et des surprises sont toujours possibles. Rien n’est donc joué d’avance.
- les élections cantonales de 2011 ne concerneront que la moitié des cantons [Revenir]
- le total de voix recueillis par la droite parlementaire n’est jamais tombé en dessous de 34%, score atteint lors des régionales de 2004 [Revenir]
- Lors des élections régionales seules les listes ayant recueilli plus de 10% des suffrages exprimées au premier tour peuvent se maintenir au second [Revenir]
- Ces projections se basent sur les résultats des élections européennes. Afin d’établir les rapports de force gauche-droite, les coefficients de report ont été les suivants :
- Extrême-gauche : report de 50% des voix à gauche
- Divers gauche : report de 100% des voix à gauche
- Europe Ecologie : report de 100% des voix à gauche
- MoDem : report de 50% des voix à gauche et 35% des voix à droite
- Extrême-droite : report de 100% des voix au Front National en cas de maintien au second tour, report 50% à droite en cas d’absence du FN au second tour. Ces coefficients ont été établis après analyse des données de différents instituts de sondage. [Revenir]







Si l’on se livre à une analyse non partisane et objective de la situation politique en France, on ne peut adhérer à ces hypothèses électorales. Prenons le cas du FN par exemple;
Franchement vous croyez qu’un FN avec Steeve Briois et Marine Le Pen qui recueillent 47,62% et font mieux que lors des municipales de 2008 est un succès pour les autres formations politiques et compte tenu du « battage médiatique » habituel anti FN avec en guest star from LA Danny Boon a de quoi nous réjouir. Moi je m’interroge 17,84% en 2002, 47,62% à Henin Beaumont en 2009 et en 2012. La communication médiatique ne pourra pas toujours empêcher le FN d’arriver aux responsabilités. Il serait plus sérieux d’essayer de comprendre et de résoudre les problèmes des gens qui votent FN et qui viennent des classes populaires. Mais bon tout le monde s’est réjoui des résultats des européennes avec une abstention de 60%. Alors continuons la politique de l’autruche…mais je vous aurais prévenu la désespérance mène au pire. J’espère que l’on permettra à mon opinion d’éclairer le débat sur ce forum
Pour ce qui est du FN, je vous conseille la lectude de l’interview de Bruno Cautrès du Cevipof, publiée sur notre site : http://www.delitsdopinion.com/2experts/defaite-du-fn-a-henin-beaumont-le-modele-electoral-du-fn-nest-pas-remis-en-cause-1317/
Le score de la liste Briois-Le Pen à Hénin-Beaumont est un cas relativement isolé (ce qui ne veut pas dire unique). Dans toutes les régions de France on enregistre depuis 2002-2004 une érosion du vote FN. Pour autant cela ne signifie qu’il baisse dans toutes les communes de France, au contraire.
Analyse complètement absurde. Vous vous basez sur le score du FN aux élections européennes alors ces élections ont toujours été parmi les pires pour le FN. Et surtout il y a eu 60% d’abstention et les catégories qui se sont le plus abstenues sont celles qui sont les plus favorables au Front National (catégories populaires). Dès lors, aucune prévision ne peut être faite sur le score du FN aux élections régionales en se basant sur son score aux élections européennes.
@ Marie
Ces projections peuvent vous paraître absurdes. J’ai également travaillé sur les résultats de l’élection présidentielle de 2007, qui montre que dans certaines régions, l’hypothèse de l’absence du FN au second tour du scrutin n’est pas aussi absurde que vous semblez le dire.
Par ailleurs, comme indiqué dans mon article, les élections régionales sont généralement l’occasion d’abstention assez élevé (entre 40% et 45%).
Il s’agit par ailleurs uniquement d’hypothèses de réflexion, et non pas de prévisions, comme indiqué dans l’article. Merci donc de lire l’intégralité de l’article avant de réagir aussi violemment.
Les européennes de 99 avaient vu le FN à un gros 5%. En 2002, c’est à dire 3 ans après, JMLP était qualifié pour le second tour des Présidentielles , éliminant le parti socialiste ! Comparez donc ce qui est comparable ! Les européennes ? L’électorat FN s’en désintéresse complètement. Il ne peut en aucun cas servir de comparatif pour les régionales. Pas les mêmes enjeux, pas les mêmes candidatures( nombre de listes, présence ou non du MPF, de Dupont-Aignan, de listes protestataires, loufoques, etc… ), pas les mêmes candidats « tête de liste », pas le même taux à réaliser pour être remboursé ( 3 % aux européennes contre 5% aux Régionales…Ca calme), pas le même mode de scrutin, pas le même découpage, etc, etc, etc. Et il y aurait encore beaucoup à dire. Quel sera l’état du moral des français l’année prochaine ? Quels évènements se seront produits d’ici-là ? Vous voyez bien que votre exercice, qui a le mérite d’avoir été mené…ne mène, justement à rien !
En 2004 ,le FN avait progressé de 5% (à cause de l’absention des élections européennes )aux élections régionales par rapport aux élections européennes de 2004 .Dans le même cas de figure , en mettant une progression de 3 points aux élections régionales de 2010 par rapport aux élections européennes de 2009 ,le FN pourra se maintenir dans 9 régions (voir 10) :
-Alsace
-Champagne-Ardennes
-Franche-Comté
-Languedoc-Roussillon
-Picardie
-Nord-pas-de-calais
-Lorraine
-Haute-Normandie
-PACA
-Rhone-Alpes(?)
@ Thomas
En 2004, les élections régionales ont eu lieu trois mois avant les élections européennes, il faut donc lire l’écart dans l’autre sens : en 2004 le FN a perdu 5 points (de 14,8% à 9,8%) entre les régionales et les européennes.
@ J. Bastien
En 1999, n’oubliez pas le MNR qui avait fait près de 4%. Au total, FN+MNR font 9%. L’idée n’est pas de comparer des élections incomparables, mais de faire, comme vous le dites, un exercice de projections, de bâtir des hypothèses pour visualiser quels régions pourraient potentiellement changer de camp. Outre le FN, il existe d’autres inconnues, comme le futur d’Europe Ecologie, celui du PS, il existe également des situations locales spécifiques qui peuvent changer la donne (en région Languedoc-Roussillon par exemple).
Nous verrons en avril 2010 si l’hypothèse ici mise en avant avait un sens ou pas.
excellente analyse ! ça change de tous ces blogs bidons
merci à vous !
Merci pour cette analyse, cependant je voudrais avoir quelques précisions sur les reports
Selon le sondage TNS-SOfres du 07/06/Sortie des urnes, 42% des électeurs Modem 2009, 41% des électeurs Alliance Ecologie indépendante 2009, 23% des électeurs Lutte ouvrière 2009, 16% des électeurs Europe Ecologie 2009 ont voté N.Sarkozy au deuxième tour 2007 (contre respectivement 36%, 20%, 67% & 70% pour S.Royal, la différence correspondant à l’abstention).
Avez-vous d’autres infos qui justifient les reports que vous communiquez? Pouvez vous me les transmettre?
Je doute aussi fortement du report 100% au PS des listes DVG (notamment su le cas du PRG en Corse, dans les zones radicales du TArn-et-Garonne ou du Lot-et-Garonne (même si pour ces départements celà ne devrait pas changer grand chose à l’équilibre politique en Aquitaine et en Midi-Pyrénées)
@Loys
Ce ne sont pas les chiffres issus du SSU de TNS Sofres qui ont servi de base à mon analyse, car ils sont inutilisables en l’état. L’offre de 2010 sera en effet trop différente de celle de 2007. Afin de pouvoir juger au mieux des potentiels reports, j’ai considéré qu’il était préférable de calculer des totaux « Gauche » et « Droite ». Pour le calcul de la part de gauche et la part de droite du vote MoDem, j’ai repris les croisements entre les votes aux régionales de 2004 et les intentions de vote aux Européennes. Dans ces études, les électeurs MoDem de 2009 ont voté pour 50% d’entre eux à gauche en 2004 et pour 35% d’entre eux à droite, les autres n’ayant pas voté.
Le manque de précision de ces totaux m’a poussé à prendre avec des pincettes les chiffres obtenus, et j’ai ainsi plus analysé des fourchettes, en étant prudent sur les totaux calculés, que des chiffres précis. Comme vous le précisez, dans certaines régions les voix DVG n’iront pas à 100% à la gauche. On peut également faire le même calcul à droite, et penser que ces voix manquantes de chaque côté s’annuleront, mais il est nécessaire, à huit mois du scrutin de rester très prudent.