Tendances de société

Internet, nouvelle agence matrimoniale ?

Par Nicolas Fert

Si l’on se réfère au dernier Observatoire des réseaux sociaux publié par l’IFOP en octobre 2010, le site de rencontre Meetic est aujourd’hui le 4ème réseau social le plus connu en France avec 86% de notoriété, juste derrière Facebook, YouTube et Copains d’avant. Un phénomène d’ampleur donc, même les 65 ans et plus déclarant connaître Meetic à 82%, ce taux montant à 91% chez les 18-24 ans et 94% chez les étudiants. Meetic n’est d’ailleurs pas le seul site de rencontre à être bien connu auprès du grand public puisque Match (36%) et Edarling (28%) se signalent aussi par des taux de notoriété assez respectables. Si l’appartenance à ces sites est elle bien sûr plus réduite, les taux constatés (respectivement 6%, 2% et 1%) ne sont tout de même pas négligeables puisqu’ils peuvent se chiffrer à plusieurs centaines de milliers de membres si on les rapporte aux 46 millions de Français âgés de 18 ans et plus. Les 133 millions d’euros de chiffre d’affaires réalisés par Meetic en 2008 montrent d’ailleurs bien que les sites de rencontre sont aujourd’hui installés dans les pratiques quotidiennes de nombreux Français.

Une offre qui rencontre une demande croissante

Comment comprendre ce  succès des agences matrimoniales new look ? La réponse est d’abord purement démographique et sociologique. Le public potentiellement intéressé par les sites de rencontre sur Internet ne cesse en effet de croître année après année. Le célibat se prolonge ainsi de plus en plus tard dans la vie des hommes et des femmes françaises : alors que l’âge moyen de mariage était en 1960 de 25,7 ans pour un homme et de 23,1 ans pour une femme, il flirte aujourd’hui avec les 32 ans chez les hommes (31,6) et avec les 30 ans pour les femmes (29,7). Soit près de 6 ans de plus pour les uns et les autres à chercher l’âme sœur, un temps trouvé long par certains et qui rend l’apparition des sites de rencontre en ligne particulièrement opportune. Mais ce phénomène ne concerne pas forcément que les jeunes célibataires : le nombre de divorces a aussi explosé en 40 ans, passant d’environ 30 000 en 1960 à environ 130 000 en 2008. Un public de plus qui peut donc potentiellement se retrouver sur le « marché » des rencontres en ligne.

Car les aspirations à l’amour ne semblent elles pas avoir beaucoup changé ces dernières années. Un sondage réalisé en septembre 2009 par TNS-Sofres auprès de 400 jeunes femmes de 20 à 29 ans montrait ainsi que les priorités de celles-ci étaient clairement hiérarchisées. « Être amoureuse ou en couple » arrivait alors assez largement en tête (60%), bien avant par exemple l’importance d’être satisfaite de son travail ou de ses études (32%), de son niveau de vie (32%) ou de ses relations sexuelles (9%). Face à cette demande de relations amoureuses, les sites de rencontre ont su se rendre indispensables pour une proportion croissante de Français et Françaises. 20% des Français disent être actuellement inscrits sur un site (8%) ou l’avoir déjà été (12%), une proportion qui approcherait les 10 millions de personnes rapporté à la population française (sondage CSA pour Orange et Terrafemina publié en novembre 2010). Plus important encore, ce taux monte à 35% chez les hommes de moins de 35 ans et à 28% chez les femmes de 18 à 24 ans. La preuve s’il en est que les jeunes célibataires représentent un marché en or pour Meetic et les autres acteurs du marché.

Un outil performant mais pas toujours adapté aux besoins de tous

Mais que pensent réellement les Français de ces sites de rencontre ? Le même sondage montre certaines failles dans la perception de l’offre proposée. Si la facilité pour contacter quelqu’un est satisfaisante pour une large majorité (73% contre 26% de non satisfaits), les résultats réels semblent ne pas toujours contenter tout le monde. Une petite majorité se dit par exemple satisfaite du nombre de personnes rencontrées (54% contre 44%) tandis que les interrogés se disent majoritairement insatisfaits de la qualité des personnes rencontrées (51% contre 46%). Une façon de dire que si l’outil est performant, les bénéfices tirés ne suivent pas forcément toujours. Autre point de discorde : le prix. Seuls 29% s’en disent satisfaits (contre 69% d’insatisfaits). On retrouve d’ailleurs dans les anciens adhérents 16% s’étant désinscrit à cause du prix (16%) tandis que 32% disent eux ne s’être inscrits que le temps d’un essai gratuit. Le facteur financier reste donc un obstacle pour certains. Plus d’un tiers (36%) des ouvriers désinscrits déclarent ainsi l’avoir fait à cause du prix.

Au-delà du strict rapport coûts-avantages, la perception du phénomène des sites de rencontre est elle aussi ambivalente et parfois clivante parmi les Français. Si une large majorité de ceux-ci s’accordent pour dire que ces sites sont autant conçus pour les hommes que pour les femmes (74%, 7% pour les femmes et 17% pour les hommes), d’autres jugements sont plus intéressants à analyser. Presque deux tiers (62%) des sondés déclarent par exemple que la plupart des personnes inscrites sur ces sites cherchent juste des aventures sans lendemain, un taux montant même à 66% chez les hommes. Seul un gros tiers pense lui à l’opposé qu’ils cherchent une relation sérieuse. Fait important tout de même, cette opinion est majoritaire chez les jeunes femmes de 18 à 24 ans (56%), une cible qui semble donc avoir plus confiance dans les hommes rencontrées sur Internet que le reste des Français et Françaises, et en particulier des hommes (seuls 30% le pensent).

Le choc culturel des sites communautaires

Autre point particulièrement clivant, le développement croissant des sites affinitaires ou communautaires offrant à chaque segment de la population une « offre » adaptée selon sa religion, ses opinions politiques ou son physique. Certains ont défrayé la chronique comme les sites jumeaux Gauche-rencontre et Droite-rencontre et leur slogan « On est déjà d’accord sur un point » ou encore AttractiveWorld et son créneau « célibataires exigeants ». Plus important encore numériquement, les sites de rencontre entre personnes d’une même religion cherchent eux aussi à se faire une place sur le marché. Un phénomène qui ne pouvait qu’interpeler dans un vieux pays républicain comme la France. Les Français semblent ainsi clivés : 56% d’entre eux estiment que ces sites sont une bonne chose car ils permettent plus d’affinités dans les rencontres quand 44% estiment à l’opposé que cela est une mauvaise chose car cela encourage les comportements communautaristes. Un débat qui dépasse donc largement la seule perception de l’amour sur Internet.

Le segment commercial est en tout cas en cours d’exploitation. Le site communautaire musulman de rencontres Inchallah.com a par exemple commandé en décembre 2010 un sondage à l’IFOP sur les modes de rencontre chez les Musulmans de France. De cette enquête effectuée auprès de 503 personnes se déclarant d’origine ou de confession musulmane ressortait par exemple que 66% des Musulmans se déclarent potentiellement intéressés par un site de rencontres entre personnes de leur confession, les femmes l’étant plus que les hommes (75% au lieu de 61%). Il resterait à définir si les attitudes à ce sujet divergent selon les confessions et plus largement la sociologie des personnes interrogées. La même étude établissait par exemple que 19% des Musulmans se disent prêts à faire appel à un site de rencontre pour rechercher un ou une partenaire. Ils étaient 14% à s’exprimer dans le même sens au sein de la population française en 2004. Difficile hélas de comparer compte tenu du temps écoulé entre les deux sondages, surtout dans un secteur ou les pratiques et perceptions changent particulièrement vite.

Un ultime recours ?

Que penser au final de l’utilité sociale des sites de rencontre dans l’esprit des Français et Françaises ? Peut-être que la sophistication de l’outil, qu’il soit perçu comme bénéfique ou maléfique, ne change pas fondamentalement la donne du jeu de l’amour et du hasard. 70% des sondés dans le sondage CSA cité plus haut estiment ainsi que le développement de ces sites ne rendra les relations amoureuses ni plus simples ni plus compliquées qu’avant, seuls 18% pensant qu’elles  seront rendues plus simples et 11% plus compliquées. Le signe que l’amour garde ses raisons que la raison, même modélisée statistiquement, ignore. Un sondage effectué par Harris Interactive en novembre 2009 auprès d’un échantillon de femmes montrait d’ailleurs que celles-ci plébiscitaient en premier lieu le hasard (27%) parmi les divers moyens de rencontrer quelqu’un à leur disposition.

Un souhait idéal qui ne se concrétisait toutefois guère dans la réalité, seules 13% des femmes en couple déclarant alors avoir rencontré leur partenaire par le biais de cet insaisissable hasard. Et quand le hasard fait défaut, les sites de rencontre sont eux toujours là en ultime recours …



3 commentaires

  • Le fait que internautes timides ou débordés à la recherche de l’âme sœur, et internautes en recherche de « plan-c… » se retrouvent sur les mêmes sites est effectivement un problème ; le coût en est un autre. Mais je pense que l’usage de ces sites devient une donnée incontournable de notre société étant donné le relâchement du tissu social.

  • Je constate que les agences matrimoniales en France font faillite en France, a cause de crise économique et aussi a cause des pris élevés des contrats de courtage matrimonial. Les agences matrimoniales étrangères survivent, car moins chères.

  • L’arnaque est désormais généralisée sur tous les sites de rencontre d’internet (Meetic, B2 machin, E Darling, etc.; leur système commercial informatisé et kafkaïen fait fuir les gens au bout du compte parce qu’il est impossible de se désinscrire clairement et rapidement, quelques-uns continuent même, malgré moult protestations du client effaré, et sans se gêner à prélever n’importe quelle somme (je dis cela sur la base de multiples témoignages)… d’autres pillent en plus vos données personnelles sur ordi! Franchement face à ces requins anonymes, les vieilles agences matrimoniales (peut-être pas plus chères au fond, et avec responsable « physique » en face de vous) inspirent plus confiance.

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