Tendances de société
Le débat sur l’identité nationale s’ouvre dans une France chauvine
Par Frédéric Pennel
Brandir la nation pour éclipser la lancinante question sociale ? Le gouvernement refusait le débat sur La Poste : il lui substitue un débat sur l’identité nationale. La discussion, commencée sur Internet, entre dans les préfectures le 16 novembre.
Une vieille question existentielle
S’interroger sur l’identité de la France n’est pas nouveau. La nation s’est substituée à la monarchie théocratique lors de la Révolution. Dès lors que Dieu n’était plus le garant de la légitimité de la royauté française, il fallait déterminer ce que recoupait le concept abstrait de nation. Deux courants se sont opposés : aux tenants d’une vision ouverte, basée sur la volonté de vivre ensemble, s’opposait une vision plus restrictive, basée sur une forme d’hérédité de la nationalité et de l’attachement à la terre. La vision ouverte a historiquement triomphé en France, comme peuvent en témoigner la multitude de Français qui descendent d’étrangers ou qui ont pu acquérir la nationalité française. Cette orientation a donc favorisé une vision évolutive de l’identité nationale, au gré des apports extérieurs.
La terminologie « identité nationale » a émergé dans les années 80. Cela correspond au moment où le pays a profondément basculé dans le doute. La France, qui a souvent battu la mesure pendant des siècles dans le concert des nations, a-t-elle encore un dessein à vocation internationale ? L’immigration d’origines africaine et musulmane est-elle aussi soluble dans le creuset républicain que celles provenant de Pologne ou d’Italie ? Face à une intégration européenne réduisant toujours plus les prérogatives de l’Etat français, à une mondialisation qui favorise l’émergence d’une culture globale gommant les spécificités culturelles nationales, la France ne va-t-elle pas devenir une coquille vide ? Depuis 2007, le thème de l’identité nationale, longtemps lié au Front national, est très étroitement associé à Nicolas Sarkozy. L’expression, chargée d’une connotation politique évidente, est donc loin d’être neutre.
Un débat calculé mais jugé opportun
Sortir du chapeau un débat sur l’identité nationale, dans un contexte où la majorité tanguait où les scandales explosaient régulièrement (Hortefeux, Mitterrand, Jean Sarkozy, etc.), et alors que les périls à venir paraissent presqu’aussi menaçants que ceux pesant actuellement (dettes publiques, environnement, montée en puissance de pays du sud etc..), les Français ne semblent pas dupes de la manœuvre. Une nette majorité (64%) estime qu’il s’agit de mobiliser les électeurs de droite en vue des élections régionales de mars prochain. Et même 4 sympathisants de droite sur 10 partagent également cet avis ! Néanmoins, les Français n’en sont pas moins majoritaires à approuver que l’identité nationale deviennent un thème de débat dans la société française (60% contre 35% qui le désapprouve). Tant les électeurs de droite (72%), du Modem (70%) que ceux de gauche (50%) y sont favorables. Déjà, la blogosphère se passionne pour le sujet et le site Internet consacré au débat (www.debatidentiténationale.fr) récolte déjà un grand nombre de contributions. Les Français ne peuvent rester indifférents à un débat portant en son sein des thèmes d’une portée potentiellement volcanique.
La toile de fond est propice à ce débat : les Français éprouvent, dans leur immense majorité, de réels sentiments patriotiques. Les chiffres, éloquents, laissent peu de place à l’ambiguïté. 89% se déclare fiers d’être Français (dont 46% « très fiers »). Cette donnée transcende toutes les catégories d’âge, de sensibilité politique ou de niveau social. La réelle différence entre l’électorat de droite et celui de gauche porte sur le degré de fierté : 63% des sympathisants de droite se déclarent « très fiers » contre 37% de ceux de gauche. Aussi, tous les candidats aspirant à devenir président de la République doivent forcement dévoiler une fibre patriotique. En 2007, outre Nicolas Sarkozy, François Bayrou s’y était prêtait dans son livre Projet d’Espoir et Ségolène Royal avait fait une sortie sur le drapeau tricolore.
La langue française, socle de l’identité nationale
Sur les éléments constitutifs, la langue française est citée en premier selon un sondage CSA : 80% pense qu’il s’agit un élément « très important » pour l’identité française. L’ordonnance de Villers-Cotterêts et la politique jacobine ont fait leur œuvre en faisant du français la langue à la fois commune et unique. D’autres peuples n’apporteraient sûrement pas le même rôle fédérateur et différenciateur à la langue : il en est ainsi des Etats multilingues (Belgique), des Etats régionalistes (Espagne) ou des Etats dont la langue n’est pas née sur le territoire, ayant été « importée » d’un autre Etat (Irlande). L’héritage révolutionnaire comporte également des éléments « très importants » pour notre identité nationale, en particulier le régime qui en a découlé, la République (64%). Ses symboles le sont également : le drapeau tricolore (63%), pourtant peu visible en dehors des manifestations sportives et des bâtiments administratifs, cité prioritairement devant la Marseillaise (50%). Une majorité de Français assimile également à ce concept la laïcité (61%), les services publics (60%). En revanche, seule une minorité (31%) considère que l’accueil des immigrés constitue un élément très important.
Le contrat d’intégration plus populaire que chanter la Marseillaise à l’école
Sur les pistes avancées afin de remédier à la « crise » de l’identité nationale, les Français accordent, selon BVA, du crédit à l’instauration d’un contrat d’intégration demandant aux immigrants d’améliorer leur pratique du français et leurs connaissances des valeurs de la République (62%). En revanche, seule une minorité (31%) est favorable à l’instauration d’une cérémonie plus solennelle lors de toute accession à la nationalité française, qui pourrait pourtant rendre moins administrative et plus émouvante cette célébration.
L’obligation pour les jeunes Français de chanter la Marseillaise au moins une fois par an à l’école fait quant à elle un vrai flop : 23% seulement la plébiscite. Ce résultat vient compléter un autre sondage IFOP qui nous apprenait pourtant que les Français étaient très largement favorables (77%) à ce que les enfants apprennent la Marseillaise à l’école : si l’enseignement de l’hymne peut rentrer dans le périmètre scolaire, le chanter entre les murs de l’école leur apparaît donc saugrenu.
Peut-être encore plus étonnant, la mise en place dans les préfectures de cours d’instruction civique ouverts à tous, ne trouve là-encore, pas une majorité de soutien (44%).
Les Français, on l’a vu, sont fiers de leur pays, et incluent les symboles de la France comme faisant partie de l’identité nationale. Mais, concrètement, la seule mesure sur laquelle ils s’accordent dans leur majorité concerne un contrat d’intégration concernant les immigrés. On peut donc se demander si les autres sujets soulevés (la place de la Marseillaise dans les écoles par exemple) ne seraient pas, aux yeux des Français, que l’emballage d’un débat aux contours plus précis et très sensible : celui de l’intégration des populations d’origine immigrée.


Très intéressant, merci!
Ce que ce faux débat occulte, ce sont toutes les questions d’intégration économique des immigrants. Le droit du travail est tel qu’il est très difficile pour un immigrant de se faire sa place. On a fait un papier sur ce sujet;
http://www.unmondelibre.org/Martin_identite_immigration-161109
Identité française : un débat scélérat
Un débat sur l’identité nationale !
Non ! Sans blague !
N’est-ce pas avec de pareils sujets que l’on prépare et gagne les élections quand on est de droite ?
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L’identité nationale ?!
A la fois litote et euphémisme, cache-sexe de la question de l’immigration, et par ricochet subliminal, des immigrés… noirs, musulmans, arabes et la menace qu’eux tous feraient peser sur l’identité française…
Car vous trouverez toujours une majorité d’électeurs pour penser : «L’identité nationale, c’est l’immigration ; et l’immigration c’est l’intégration ; et l’intégration, ça concerne en premier lieu les noirs et les arabes ; mais ce n’est certainement pas l’affaire de la société française dans son ensemble ! »
Et ça, la droite décomplexée le sait mieux que personne.
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A l’initiative du gouvernement, dont la légitimité ne s’étendra et ne durera guère au-delà du temps qu’il lui sera donné de représenter une majorité dite « présidentielle », elle-même sujette au bon plaisir et aux humeurs d’un électorat instable et taciturne ce débat dont il se propose d’assurer la coordination, maître d’ouvrage et maître d’œuvre, client et fournisseur tout à la fois, ainsi que la « synthèse » avant une conclusion qui, nul doute, étant donné les personnalités en présence et leur penchant idéologique (ministères de la justice, de l’intérieur et celui dit « de l’immigration, de l’intégration, de l’identité nationale et du développement solidaire ?!….. » aux relents pétainistes), sonnera comme un avertissement, un coup de semonce adressé à tous ceux qui seraient tentés par une identité autre, ou bien tout autre, ou bien encore multiple, sans oublier ceux qui, abandonnés culturellement et économiquement, peinent à donner un sens à cette identité qu’on leur voudrait française quant à leurs devoirs et étrangère quant à leurs droits ou bien plutôt, quant à ce qu’il leur sera permis d’espérer pour eux-mêmes ; et d’autres encore qui ont déjà choisi l’option « religieuse », sans nationalité, sans frontières à revendiquer ; ailleurs ils sont et leur retour au sein du credo républicain gravé dans le marbre, au cœur de pierre, plus idéologique que pragmatique, avec ses prêcheurs décidément toujours pas payeurs pour un sou, et qui ne se reconnaissent le plus souvent aucune obligation de résultats, ne se fera pas sans heurts ni déchirement.
Aussi, quiconque participe à ce débat sans prendre au préalable le soin de dénoncer la malhonnêteté d’une telle initiative, se fait le complice d’une gigantesque entreprise de manipulation des bonnes volontés – bonnes poires ? Sans oublier les bavards qui verront là une opportunité supplémentaire de se montrer – Slama, Finkielkraut, Ramadan and Co.
Mais alors… que les bavards se taisent ! Qu’ils laissent Besson, l’homme des basses besognes et son acolyte Hortefeu, celui qui ose dire tout haut ce qu’il croit entendre tout bas, porter seuls le fardeau du déshonneur qui ne manquera pas, tôt ou tard, de retomber sur eux car…
A aucun moment, il ne sera question – faute de volonté politique depuis deux générations -, d’affronter la crise structurelle à la fois économique et culturelle qui frappe les classes populaires, et plus particulièrement les Français issus de l’immigration sur-représentés au sein de ces classes.
Volonté politique sans laquelle, pourtant, tout débat autour de l’identité française se soldera par la marginalisation, le rejet et une ghettoïsation croissante de millions de Français…
Que personne n’obligera à voter, il est vrai !
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Tous les coups sont donc permis comme… ce débat qui n’a pas lieu d’être sinon… à des fins de réconcilier des pans entiers de notre société.
Mais qui, sérieusement, peut croire qu’un Sarkozy, qu’un Hortefeu et un Besson puissent incarner la possibilité d’un quelconque début de réconciliation nationale ?
Il est permis d’en douter et de soupçonner (oui ! le soupçon ! encore le soupçon !) des intentions bassement partisanes depuis qu’en politique on s’autorise tout, sans honte ni retenue.
Alors non ! Il n’y aura pas de débat tout simplement parce qu’il n’y aura pas la volonté politique d’écouter et de comprendre qui que ce soit qui n’ait pas déjà été entendu et compris – et bien compris ! -, et dont le vote de soutien dans les urnes sera assuré à ceux qui auront organisé ce débat-scélérat, prélude à une échéance présidentielle dont le candidat, faute de pourvoir afficher un bilan économique et social porteur d’espoirs pour le plus grand nombre, n’aura qu’un seul axe possible de compagne : le bon vieux recours au bouc-émissaire et au procès d’intention à l’égard de ceux qui dénonceront cette manœuvre déshonorante.
Bonjour,
Je viens de lire ton article très sympa et intéressant !
Je voulais juste te faire partager un article très sympa que j’ai lu ce matin sur le blog d’Atrapalo qui m’a fait sourire (et qui est totalement vrai !) !!!
http://blog.atrapalo.fr/chauvin-or-not-chauvin.html
Je te le conseille ! Je suis sûre qu’il te plaiera !
A bientôt et très bonne lecture !
Virginie
Pourquoi ne pas interroger l’ensemble des Français de souche, et non pas les VIP des salons de nos préfectures. Etre français c’est respecter les us et coutumes du pays, c’est ne pas essayer d’imposser sa religion par des tenues vestimentaires dans nos écoles, c’est le respect également de la langue française, du drapeau dans nos stades, si ces valeurs ne peuvent être respecter, c’est de repartir dans son pays d’origine………….
quand je pense que les initiateurs du débat sur l’identité française et de ses grandes valeurs sont les gardiens du verbe dans ta toute sa splendeur « casse toi pauvre con » » la banlieue on va la nettoyer ay carcher » « quand il y en a ça va c’est quand y en a plusieurs que ça devient ennuyeux » de même que l’admirable gestuelle de certain (bras d’honneur et j’en passe) on se dit que le débat va surement etre d’une incroyable profondeur !! de quoi en tout reveiller je l’espere tous ces parlemenaires qui font la sieste tout en étant gratieusement payé pendant les séances à l’Assemblée ( d’ailleurs sur ce sujet on en a failli en perdre quelques uns cette semaine suite a l’intervention de green peace qui en a fait sursauter plus d’un !!)