Les Français et l’économie

Les Français l’avaient bien dit : « ca va mal finir »

Par Matthieu Chaigne

Les Français n’ont-ils pas toujours raison ? Maigre consolation en temps de crise, et qui exposera encore une fois à la critique de l’arrogance. Pourtant, après le fiasco irakien, c’est au tour de la crise économique de donner quelques raisons à la défiance toute franchouillarde.

 

Cela fait quelques  mois déjà que les attaques contre la lâcheté des Français se sont tues outre-atlantique, à mesure que les certitudes des citoyens américains vacillaient. En septembre, ils n’étaient plus que 39% à soutenir encore la guerre en Irak. Avec la crise économique, c’est une seconde certitude, celle d’un marché s’autorégulant, qui est battue en brèche aux Etats-Unis. Le 24 septembre, alors que le congrès était en pleine négociation sur le plan Paulson, 74% des américains (sondage Gallup) jugeaient que le rejet de ce dernier ferait empirer l’économie. Une véritable remise en cause dans un pays qui voyait jusqu’ici l’intervention de l’État comme une menace pour l’économie.

 

La méfiance des français pour l’économie de marché n’a pas attendu la crise

 

Les Français n’ont pas attendu la tempête financière pour pointer du doigt les excès perçus du libéralisme. Dans un sondage TNS Sofres publié en juillet 2001 dans le Monde, les Français fustigeaient déjà les carences de ce système. 76% des personnes interrogées estimaient ainsi qu’il n’y avait pas assez de règles dans l’économie.

Thermomètre encore plus révélateur du rapport épidermique des Français à l’économie de marché, le terme de « mondialisation ». Ce dernier a depuis des années catalysé les craintes de nos concitoyens envers un système accusé tout à la fois de détruire les emplois et de mettre en péril le « modèle français ».

Pour autant, des progrès sont notables. Ainsi TNS Sofres a demandé en 2004 puis en 2008 aux Français de donner leur avis sur la mondialisation. En 2004, ils n’étaient que 30% à estimer que la mondialisation était une bonne chose pour la France. Quatre ans plus tard, ils sont certes encore minoritaires (41%) à s’exprimer dans ce sens, mais l’augmentation de 11 points relève l’amélioration notable de perception. Une évolution que risque de stopper brutalement la crise.

Force est de constater que la crise économique qui s’abat aujourd’hui légitime les craintes françaises. En 2001, nos concitoyens estimaient à 37% que le risque majeur de la mondialisation résidait dans la domination de la bourse et des marchés financiers.  De même, les Français critiquaient à 66% le manque de règles sur les marché financiers,  devant l’insuffisance de règles concernant le droit des salariés et la sécurité alimentaire. Un jugement assez fondé au regard de la crise actuelle : une fois n’est pas coutume, la prise de conscience citoyenne a précédé la volonté politique.

 

Une fenêtre de tir unique pour changer les règles de la planète finance

 

La conjonction de trois phénomènes inédits rend pour la première fois possible la mise en place d’un changement radical du système économique. En plus de la prise de conscience des citoyens que nous venons d’évoquer, deux autres paramètres permettent de penser que les conditions sont réunies pour la mise en place d’un nouveau Bretton Woods de la finance.

-Des institutions financières et des banques à genoux, dont la survie tient au bon vouloir des États, et qui ne sont pas en mesure de faire obstruction aux volontés étatiques.

-la dimension mondiale de la crise, qui rend impossible- comme l’Allemagne l’a pourtant cru un instant – des réponses étatiques non concertées.

Les économistes s’accordent à dire que seul un assainissement profond des règles économiques pourra permettre de retrouver la confiance et de sauver le système. Si les gouvernements ne le font pas pour sauver le système, qu’ils le fassent au moins pour l’honneur des Français.  Ces derniers jugent à 84%, selon un sondage BVA, que leur banque ne risque pas d’être mise en faillite dans les prochaines semaines.  Plus que les pertes financières, il serait mal venu de remettre en cause les certitudes de nos concitoyens.



3 commentaires

  • c’est un reflex franco-français de ne voir dans le terme « mondialisation » que la bourse et les marchés financiers; l’évolution de la perception du mot vient surtout du fait que les français comprennent mieux la déconnexion entre l’économie réelle et les marchés financiers d’une part, et la prise en compte de la réalité (de plus en plus forte) que la France vit au cœur d’un système « mondialisé » (culturel,social,politique et économique) et que la perpétuelle défense du « modèle français » juste pour le principe, ne servira pas ses intérêts a long terme. De plus en plus nos compatriotes savent prendre dans la « mondialisation » ce qui est bon pour leur développement en laissant de coté ses excès.

  • Va t-on continuer encore longtemps à faire croire que le capitalisme est un système de pensée efficace ? Le capitalisme ne sait fonctionner que par crises successives. Le système va s’assainir quelques années, puis nous allons inévitablement replonger dans une nouvelle crise : tout ça parce que le système pousse à la maximisation des profits.

  • La recette d’un VRAI Nouveau Bretton Woods

    La conférence pour un nouveau Bretton Woods devra agir de toute urgence afin que :

    • Le système financier actuel soit déclaré en faillite, mis en règlement judiciaire et remplacé par un nouveau.
    • Un système de parités fixes soit accepté et immédiatement mis en place.
    • Les produits financiers hyper-spéculatifs, tels que les « produits dérivés », soient mis hors la loi par des accords entre gouvernements.
    • Une vaste réorganisation de la dette soit entreprise, certaines dettes devant être rééchelonnées ou annulées.
    • De nouvelles lignes de crédit soient ouvertes grâce au crédit productif public, en s’inspirant de la politique d’Alexander Hamilton et du « Système d’économie politique américain », rendant ainsi possible le plein emploi qualifié grâce à des investissements dans un renouveau infrastructurel et technologique.
    • Le « pont terrestre eurasiatique » soit réalisé, clef de voûte de la reconstruction économique mondiale et vision qui sera à l’origine non seulement d’un « miracle » économique mais aussi socle de la paix mondiale du vingt-et-unième siècle.
    • Un nouveau « traité de Westphalie » soit signé pour garantir la disponibilité, l’exploration et le développement des matières premières en faveur de tous les pays du monde, au moins pour les cinquante ans à venir.

    Source : http://www.solidariteetprogres.org/petitionNBW/

    David C.
    david.cabas.over-blog.fr

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