Les Français et l’économie
Repenser la télévision publique en oubliant le public
Par Raphaël Leclerc
Cette fois c’est voté et entériné, la télévision française va se réveiller différente le lundi 5 janvier 2008…Ou plutôt s’endormir « reliftée » sans savoir vraiment quel partie de son « anatomie audiovisuelle » lui a été retirée et quelle autre s’en est trouvée modifiée. En effet, c’est le directeur général de France Télévision qui a dû annoncer le virement de bord du paquebot France Télévision après avoir reçu une lettre de son actionnaire majoritaire… l’Etat français. Le problème qui se pose est que personne ne sait vraiment si le vent portera les voiles – bien réduites – du navire et surtout quel cap il devra suivre dans les années qui viennent.
La télévision publique demeure une chaîne de qualité mais dont l’avenir inquiète
En août 2007, près des trois quarts des personnes interrogées par l’institut CSA pour le quotidien Le Parisien-Aujourd’hui en France déclaraient que les programmes diffusés sur les chaînes de la télévision publique étaient de bonne qualité (73%). Au mois de juin 2008, ils n’étaient plus que deux tiers (67%) à défendre la qualité du contenu proposé par France Télévision. La diminution du nombre d’individus déclarant avoir une bonne image des programmes diffusés se trouve renforcée par les 56% de la population qui affirment être pessimistes quant à l’avenir du service public, toujours selon la même enquête. Ainsi, six mois après l’annonce faite par le Président Sarkozy de la disparition de la publicité sur le service public, l’opinion publique témoignait déjà d’une certaine angoisse pour ce type de télévision. Les raisons qui motivent cette appréhension concernant l’avenir télévisuel en France a sans doute de nombreuses raisons mais c’est bien le modèle du service public à la française qui bat de l’aile. En effet, la France est une exception économique qui s’emploie a faire coexister les secteurs public et privé sans avoir encore défini pleinement les règles de la concurrence ni le statut de l’arbitre étatique.
Si l’on a jamais confié une mission officielle à la télévision publique, le public s’est chargé de l’identifier
Les personnes à qui l’institut CSA a demandé de se prononcer sur la qualité des différents types de programmes proposés par les chaînes du service publique ont dressé un portrait relativement précis du service public. En se prononçant sur ce qui faisait la force de France Télévision, les Français ont décrit ce qu’ils recherchaient et appréciaient lorsqu’ils regardent France 2, 3, 4, 5, Ô. Les documentaires et reportages (92% se déclarent satisfaits par la qualité), les journaux (84%), les émissions culturelles (80%) et les magazines de société (73%) comptent parmi les principaux atouts des chaînes dirigées par Patrick de Carolis tandis que les séries ou fictions (54%) et les émissions jeunesse (50%) ne sont pas jugées d’excellente qualité. Public et privé ont donc des spécificités qui se sont renforcées avec le temps et qui sont relativement connues du grand public (34% des Français estiment qu’il existe beaucoup de différences entre les deux modèles de télévision).
A l’avenir, France Télévision doit faire plus de… ce qu’elle fait déjà!
Concernant les programmes que les chaînes publiques doivent favoriser, on retrouve ce qui définissait ces chaînes: les documentaires et reportages (51%), les émissions culturelles (38%) et les journaux d’information (32%). Le message qui semble émerger insiste donc sur le besoin de renforcer les points forts de la télévision publique en investissant plus sur les atouts du groupe… Bref, renforcer la différenciation entre le privé et le public. Pourtant, en prenant la décision de supprimer les apports générés par les recettes publicitaires entre 20h et 6h, les pouvoirs publics contraignent les chaînes publiques à faire « mieux avec moins ». Bien entendu, l’Etat ne va pas abandonner son entreprise et les quelque 450 millions inscrits dans la loi du budget 2009 sont une nécessité si le service public veut continuer à proposer des programmes de qualité. Néanmoins, la disparition de la publicité aux heures de grande écoute va remettre en question l’idée même d’une concurrence entre les chaînes, la fameuse « course à « l’audimat » risque de perde de son utilité et il faudra réinventer un juge de paix télévisuel. En effet, si France Télévision n’a plus d’objectifs à remplir en termes de chiffres, c’est la nature même de la chaîne qu’il faut repenser et pas seulement le mode de nomination de son Président.
La dérive des intérêts communs
La discussion autour d’une télévision sans publicité était très judicieuse voire moderne mais une nouvelle fois, le débat de fond s’est vu reléguer au second plan par une querelle politique bien accessoire. Le glissement de la discussion sur l’avenir de notre télévision publique s’est fait en plusieurs étapes mais à chaque fois que l’opportunité d’un échange constructif s’est présenté, la scène publique s’est vue savonnée abondamment. Tout d’abord, la décision unilatérale de supprimer la publicité rappelle que la séparation des pouvoirs n’est – en pratique – pas toujours bien respectée (59% des personnes interrogées en Juin 2008 par CSA déclarent ne pas faire confiance au Président et au gouvernement pour assurer l’avenir de la télévision publique). Puis, l’absence de projets clairs et précis sur ce qu’il faudrait faire de France Télévision concernant son « identité télévisuelle » ont précipité le débat sur la nomination : Patrick de Carolis, s’il est nominé sera soumis au juges élyséens.
Pour conclure, les Français étaient favorables à l’avancée du début des programmes (70% en décembre 2008 selon CSA), ils avaient accepté l’idée de supprimer la publicité (65%). Malheureusement, l’opportunité de critiquer le pouvoir était trop belle pour une opposition en mal d’inspiration et la question de la nomination s’est imposée comme le coeur du débat…
74% des Français pensent que la nomination du président de France Télévision par le président de la République est une mauvaise chose, c’est participatif. La fin de la publicité c’est désormais législatif. Espérons que le déclin du service public ne soit pas définitif !


Je trouve que le députés ont beaucoup trop insisté sur les questions d ela télévision publique alors qu’en période de crise il y avait mieux à faire et des sujets plus importants à débattre.
Pour ce qui est de l’article, je suis d’accord sur le fait que l’on ne sait toujours pas si France télé va changer ses programmes radicalement. En revanche, il ne faut pas se voiler la face…L’Elysee decide et observe tout ce qui se passe dans les médias en France…La question de la nomination sera d’ailleurs un boomerang pour Sarkozy même s’il pense pouvoir l’utiliser à ses fins en nommant un homme de gauche bientôt
Le titre sous entend que la télé d’avant était réalisée avec le public…
Il manque à ce débat des données objectives: analyse des programmes diffusés par les chaines publiques…et comparaison avec les chaînes privées, pour éclairer la « nature du service public ».
Un tableau des audiences sur les chaines publiques aurait eu son intérêt aussi.
Ce débat a surtout été idéologique…et décalé.
En fait, la télévision telle que nous la connaissons encore est condamnée (les experts se sont exprimés la dessus depuis 10 ans)à une érosion qui s’accélère.
Une clarté des moyens de la télévision publique aurait été utile au débat. Trouver un bilan de France Télévision relève de l’exploit!
Un débat sur « la ligne éditoriale », sur la gouvernance et le statut des « journalistes/fonctionnaires » aurait aussi eu son intérêt. L’autoproclamation de l’indépendance n’abuse que ceux qui ne connaissent pas le sujet…
Enfin, on aurait pu aborder la question du recrutement, dont l’opacité dégage parfois des effluves diverses!!
Cher Valence
merci pour votre commentaire. Permettez-nous toutefois de vous préciser que la démarche de ce site est axé sur l’analyse de l’opinion publique.
Bien que, et vous le dites, la question soit intéressante, nous ne cherchons donc pas à évaluer l’intérêt de la réforme ou à en présenter les qualités et les défauts. Nous exposons ici uniquement ce que nous lisons dans les chiffres de sondage.
A bientôt sur notre site.
L’équipe de Délits d’Opinion
@Thomas lumel
nous espérons avoir rapidement de quoi analyser l’influence du vote de cette loi dans l’opinion. Attention à la cote de popularité du président dans les prochaines semaines, il sentira peut-être le vent du boomerang que vous annoncez passer.
Mais toutefois attention, la popularité du Président semble actuellement être plus sensible à son action sur les plans économiques et internationaux (européen notamment).
Les Echos annonce que Sarkozy a déjà des noms en tête pour remplacer Carolis…C’est sans doute déjà le début de la fin. Les premières audiences ont démontré des résultats intéressants mais pas vraiment de bouleversements. Je pense donc que l’on va passer à autre chose très vite au niveau du débat…Le travail le dimanche par exemple
Je suis assez d’accord avec votre analyse monsieur Leclerc. En revanche concernant la nomination par le président, finalement, ca ne change pas grand chose à mon avis, ce dernier avait deja auparavant une influence indiscutable.
En espérant que la télévision publique arrivera à franchir cette épreuve et saura rebondir comme le paris saint germain cette saison afin de continuer de nous proposer des programmes de qualités et donc l’objectivité est incontestable.
Excellente analyse Monsieur Leclerc.
Ma conviction est qu’on ne peut pas reprocher au gouvernement d’assumer son rôle d’Etat actionnaire de France Télévisions en voulant nommer son pdg. Je pense qu’une des bonnes questions serait plutôt : à quoi sert donc la télévision publique?
Le contribuable répondra qu’elle sert à payer une redevance de plus en plus cher (le Senat vient en effet de voter son augmentation).
Certains diront que c’est pour avoir une télévision sans partie prix, les mêmes qui pourfendent la collusion des grands médias privés avec Nicolas Sarkozy, encore un fantasme. Les journalistes du service public seraient-ils plus nobles et honnêtes que les journalistes du privé? On ne peut pas s’abaisser à une telle caricature.
Enfin d’autres ne sauront tout simplement pas quoi répondre.
Le problème est que personne véritablement n’est d’accord sur l’orientation que doit prendre France Télévisions et que tout le monde veut avoir son mot à dire. Lorsque le pdg est nommé, ce serait bien que le gourvernement lui laisse toute latitude pour appliquer sa propre stratégie. Cela évitera les polémiques grotesques opposant Nicoas Sarkozy, Christine Albanel et Patrick de Carolis. Surtout que c’est très loin d’être la priorité des français. Il y a plus important aujourd’hui que de parler constamment de l’avenir d’un média public, qui demande juste qu’on le laisse un peu tranquille.
S’il est vrai que le président de la République a déjà une réelle influence dans les médias c’est aujourd’hui législatif et je ne pense pas que c’est en procédant comme cela que l’on parviendra à mettre sur pied une télévision publique de qualité…Pour ce qui est du football je ne suis pas spécialiste mais je sais lire la presse…
Monsieur Ladesse, j’ai l’impression que vous ne regardez pas la même télévision publique que moi ou alors vous êtes aveugle comme une taupe!
La télévision publique possède une vraie mission d’indépendance et le service public est un modèle en France. L’intervention de l’Etat dans certains acteurs clés doit être soutenu pour ne pas laisser la place à des financiers qui pourraient dès lors décider de ce que nous devons regarder…je ne suis pas certain que les programmes proposés sur TF1 (Pokemon avec Feunard) ou Renard Sacripan soit vraiment très éducatifs…
Messieurs,
Tout d’abord merci de vous mobiliser sur ce site et particulièrement autour de ce sujet.
La décision prise par Nicolas Sarkozy de procéder lui-même à la nomination du président de France Télévision est très rapidement devenue le symbole de l’évolution qu’est en train de subir notre télévision publique. La fin de la publicité est sans doute un sujet plus important sur le fond mais l’opinion a démontré que les annonces étaient cruciales…Surtout après les nombreuses critiques qui reprochaient à NS d’être trop influent auprès des médias. Le vrai débat autour de l’avenir de la TV publique ne s’est pas tenu hors de l’Assemblée et c’est justement ce qui a motivé cet article.