Décryptage politique

Comprendre l’effet Besancenot

Denis Pingaud

Par Denis Pingaud

Vice-président d’OpinionWay. Auteur de "Secrets de Sondages", le 1er septembre en librairie.

Vice président exécutif de l’institut d’études Opinion Way et spécialiste de l’extrême-gauche, Denis Pingaud vient de publier un ouvrage sur le phénomène Olivier Besancenot1. Le facteur, invité surprise de la présidentielle 2002, s’est depuis installé comme figure incontournable du paysage politique français.

Décryptage des rouages de cette ascension.

Délits d’Opinion : Selon un sondage exclusif Opinion Way que vous révélez dans votre ouvrage L’effet Besancenot, si l’élection présidentielle devait avoir lieu aujourd’hui, 13% des électeurs se tourneraient vers Olivier Besancenot2. Est-le signe d’une poussée durable de l’extrême gauche ou un signal d’alarme en temps de crise ?

Denis Pingaud : Pour être exact, ces 13 % constituent le « potentiel électoral » d’Olivier Besancenot, c’est-à-dire le pourcentage de Français qui, au moins dans l’une des quatre hypothèses étudiées dans notre étude (en fonction du possible candidat du PS), déclaraient avoir l’intention de voter pour lui au premier tour de la présidentielle, si celle-ci devait se dérouler le dimanche suivant. Le porte-parole de la LCR était crédité de 11 % d’intentions de vote si Bertrand Delanoë, Martine Aubry ou François Hollande étaient candidats et de 9 % si Ségolène Royal était candidate.
Dans tous les cas de figure, ces chiffres témoignent d’une poussée d’audience électorale qui confirme la cristallisation d’un vote à gauche de la gauche traditionnelle. Son ressort est double : d’une part, une critique de la manière dont le Parti Socialiste a géré les affaires du pays quand il était au pouvoir et dont il gère sa fonction de parti d’opposition aujourd’hui ; d’autre part, et c’est sans doute le plus important, une défiance vis-à-vis de la représentation politique même, qui touche autant les  »éléphants » socialistes que les leaders de la droite.
Olivier Besancenot incarne à la fois le retour d’un anticapitalisme combatif, que l’on considérait désuet après le chute du Mur de Berlin et une autre manière de faire de la politique, plus proche des gens qui souffrent, plus en symbiose avec la « France d’en-bas ». Pour la moitié des Français qui gagnent moins de 1 500 euros par mois, il est plus facile de s’identifier à Olivier Besancenot qu’à Dominique Strauss-Kahn !

 

DO : Besancenot bénéficie selon votre analyse de l’incapacité du PS a jouer son rôle d’opposant. Cela signifie t-il aussi que le PS doit davantage ancrer son discours à gauche ?

DP : Pas nécessairement et c’est précisément ce que ne comprend pas le Parti Socialiste. Olivier Besancenot est un « passeur » pour le peuple de gauche qui souhaite plus de pugnacité, plus d’inventivité et, fondamentalement, plus d’accompagnement dans les combats multiples ayant trait au progrès social et à l’égalité des droits. Cela ne signifie pas que la « gauchisation » systématique du discours du PS lui redonnerait plus de crédit. Ce que l’on reproche à ce parti, c’est d’abord de ne plus ressembler du tout à celles et ceux pour lesquelles il est censé être fait.
Dès lors, le meilleur riposte possible du PS à Olivier Besancenot serait de reprendre pied dans la vie réelle des combats et des luttes de ceux qui souffrent, avec des figures incarnant une proximité avec la France réelle. Etre proche des gens ne signifie pas nécessairement partager toutes leurs revendications. Mais c’est une condition nécessaire, dans une société minée par la crise de défiance à l’égard des élites, pour être écouté.

 

DO : Un dirigeant de la LCR apprécié par une large majorité de Français : n’est-ce pas au final nuisible pour un parti qui conçoit traditionnellement la transgression et la radicalité comme stratégie éléctorale ?

DP : C’est toute la contradiction dans laquelle est enfermé Olivier Besancenot. Au fond, il est un produit parfait des institutions de la V° République qui, avec l’élection présidentielle au suffrage universel à deux tours, et l’inversion du calendrier électoral (les législatives étant désormais consécutives), fait du premier tour de la présidentielle un sondage d’opinion grandeur réelle. Il a profité, en 2002 et en 2007, de ce système qui en a fait une figure politique désormais indiscutable. Son talent propre et les fondements qui expliquent la montée d’un vote protestataire de gauche, en France comme en Europe, sont des facteurs également porteurs.
Cela étant, le porte-parole de la LCR prétend participer à la création d’un Nouveau Parti Anticapitaliste (NPA) qui fera de « l’indépendance » vis-à-vis des institutions – une figure ancienne du gauchisme politique – la pierre angulaire de son programme. Un bon test de sa capacité à dépasser, ou non, cette contradiction sera l’importance donnée par son parti au scrutin européen de juin prochain et, en même temps, la manière de constituer ses listes. Sans Besancenot, le NPA aura moins d’impact électoral. Avec lui, il peut éventuellement espérer des élus au Parlement Européen. Mais le jour où Besancenot est élu député européen, il perd d’un coup beaucoup d’attributs positifs attachés à son style politique.

 

  1. Seuil, 195 pages, 16€ [Revenir]
  2. Sondage auprès d’un échantillon de 1005 personnes représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus réalisé les 17 et 18 septembre 2008 [Revenir]


4 commentaires

  • Notre facteur est à bonne école avec son beau-père, l’ami Krivine. Comme quoi, la politique est aussi une affaire de famille!
    Au PS, les principaux prétendants sont des mittérandiens, formés et poussés par tonton. Ne faut-il pas rappeler de temps à autre que sous Mitterand, le déficit budgétaire a été multiplié par 10? LA DETTE DE L’état aussi, que le franc a perdu 50% de sa valeur!! Quand au pouvoir d’achat, je vous laisse chercher, faut bien travailler un peu!

  • le leader de la lcr n’est pas seulement le recours face à un ps inexistant. Il est le seul à n’avoir jamais renié une doctrine qui n’a jamais autant montrée sa pertinence.

    Même pas besoin de faire la Révolution : le capitalisme se détruit de lui-même sous les coups de boutoir des ses excès.

  • POUR VALENCE : Olivier n’est pas en Famille avec KRIVINE ALORS MERCI pour la fausse nouvelle … ET LES « HEROS » DE LA DROITE ça fait + 15 ans qu’ils gouvernent et le déficit de la FRANCE est de plus de 1000 milliards avec eux … il faudrait pas tout mélanger …

  • Les critiques faites à Olivier ont toujours été mensongères, basées sur sa vie personnelle.
    Il ne serait que le pantin de Krivine et cacherait des millions d’euros sous son matelas, notamment grâce à sa femme très riche fort bien placée vis à vis des journalistes!……….. (qui sait, la nuit il mange peut-être des petits enfants.)
    S’il vous plaît trouvez autres choses, les français ne sont pas si bêtes pour croire ce genre de mythos. De + des journaliste de « Rue 89″ ont mené l’enquête, et oui, quel dommage pour certains,(alain soso-ral, si tu nous regarde..) Olivier est bien facteur et ne roule pas sur l’or!
    Alors Valence soit vous êtes extrêmement influençable, et recrachez sur la toile toutes les c…….s que vous pouvez y trouver sans chercher à comprendre à qui profite l’intox, soit derrière ce doux nom se cache un partisan d’extrême droite qui passe son temps à se raconter des histoires. Faute de mieux, si vous êtes dans la 1ère situation, s’il vous plaît renseignez-vous avant de diffuser, Alain Krivine n’a jamais été le beau-père d’Olivier Besancenot, et quand bien même ce serait le cas, ça n’enlèverait pas à Olivier son indépendance et ses capacités d’analyse… arrêter de considérer sans cesse que ceux qui défendent nos acquis et nos qualités de vie le font nécessairement par profit personnel, Olivier et Alain Krivine sont des hommes intègres, ils n’ont pas besoin de ça.

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