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Natalie Rastoin : « L’abstention est un refus de l’offre politique actuelle, pas du sujet. »

Natalie Rastoin
Par Natalie Rastoin
Directrice générale du groupe Ogilvy France

11 juin 2009 • Imprimer cet article Imprimer cet articleEnvoyer Envoyer

martine-aubryDirectrice générale du groupe Ogilvy France, la publicitaire Natalie Rastoin livre, pour Délits d’Opinion, son analyse sur les résultats des Elections Européennes.

Délits d’Opinion : Depuis dimanche soir, tout le monde répète : »deux vainqueurs, deux vaincus ». Vous souscrivez à cette analyse ?

Natalie Rastoin : C’est indiscutable mais ni les vainqueurs ni les vaincus ne sont de même nature. Du côté des vainqueurs, il y a un vainqueur relatif – l’UMP – puissant à droite mais qui rassemble moins de la moitié du score de Nicolas Sarkozy . Et un vainqueur absolu – Europe Ecologie – qui rassemble plus de voix que lors des derniers scrutins, malgré l’abstention. Ceci prouve la puissance des enjeux écologiques ; un récent sondage Sofres montrait que les Français jugeaient la crise écologique plus grave que la crise économique que nous traversons. Peu de politiques semblent penser comme eux : les court-termistes ne sont pas ceux que l’on pense… Du côté des vaincus, il y a aussi asymétrie : trop de personnalisation pour le MoDem, des  idées brouillées  au niveau du PS, et  qui ont abouti à une même débâcle. C’est terrible pour les militants PS d’avoir dû osciller entre différents positionnements durant cette campagne. C’est tout autant  terrible pour les candidats du Modem qui ont fait des campagnes très convaincues sur l’Europe et ont vu leurs efforts  parasités par l’effet national des dernières semaines.

Délits d’Opinion : Vous dites « l’effet national ».  Comment prédomine t-il autant dans des scrutins qui fonctionnent pourtant par  listes régionales ?

Natalie Rastoin : On ne peut plus jamais ignorer le rôle de la télévision dans notre démocratie politique, y compris pour les européennes. C’est elle qui crée l’évènement, le buzz et qui fournit une représentation réelle, un porte-drapeau à des idées!  Car, comment intéresser à la politique sans incarnations ? Les deux camps vainqueurs sont incarnés par Nicolas Sarkozy et Daniel Cohn-Bendit, deux  personnalités les plus énergiques, les plus projectives, les plus télégéniques. Sur ce sujet, le choix des personnalités d’Europe Ecologie, qui ont un parcours, une histoire et des aspérités personnelles donne instantanément de l’épaisseur et de l’expérience à la liste. C’est une liste qui a 8 mois et 40 ans ! L’incarnation est essentielle. Mais elle est potentiellement contre-productive, dévastatrice quand l’image, celle  des hommes politiques notamment, signifie l’inverse des discours.

Délits d’Opinion : Vous parlez peu du PS ?

Natalie Rastoin : Vous le savez, ces résultats sont mauvais pour quasiment toutes les gauches européennes, ce qui est paradoxal en ces temps de crise. Quand Martine Aubry dit  » Le PS traite le problème de la société dans sa cohérence globale » dans l’objectif de  marginaliser les Verts, on comprend …le problème du PS ! Par définition, l’écologie rencontre tous les problèmes de la société et pose une nouvelle responsabilité partagée. Il y a même une forme de transcendance dans l’enjeu écologique, qui est centrale  sur des sujets aussi cruciaux pour les gens que la santé, la consommation, le bonheur… Toute une « life politics » que beaucoup au PS, et plus globalement parmi la classe politique traditionnelle,  semblent faire profession de mépriser.

Délits d’Opinion : un dernier mot sur l’abstention ?

Natalie Rastoin : Il ne faut pas se tromper : 59 % des Français sont contents de faire partie de l’Europe, dont 65 % des jeunes. L’abstention est donc d’abord un refus de l’offre politique actuelle, pas du sujet.

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5 commentaires »

  • Rejet de l’offre politique, ou rejet d’un système politique ?

    l’offre politique reste vaguement la même depuis quelques temps… La sémantique change mais la démagogie des hommes politiques reste la même… Et les effets également.

    Et encore plus particulièrement sur l’Europe… L’appartenance à l’Europe est physique.. qu’on le veuille ou non, la France est un état européen… En revanche l’Union Européenne est une construction super-étatique qui coupe les peuples de leurs dirigeants… Quel pouvoir a un parlement national face aux directives européennes… Les Français ne sont pas dupes… Les européennes ne les intéressent pas, car ils savent que les décisions prises à Bruxelles par leurs élus vont dans un sens commun dans plus de 90 % des cas.. Alors droite, gauche, écolo, ou modem, quelle différence…

    Les Français ont exprimé leur refus de cette construction par le rejet en 2005 du projet de constitution qui parachève l’abolition des souverainetés nationales… Et on leur refourgue Lisbonne sans leur demander leur avis !!!

    L’UE n’est plus crédible, et les politiques français perdent également du poids sur ces sujets… Plus le scrutin aura d’impact sur la vie de l’électeur, plus il se rendra aux urnes… Plus les politiques resteront coupés de leurs électeurs, plus leurs électeurs s’abstiendront !

    Les Français ne connaissent pas encore tous les tenants et aboutissants de Bruxelles, mais se rendent compte de plus en plus qu’ils sont desservis par cette Union… Annoncez l’arrivée de la Turquie, ou ouvrez des chapitres de négociation comme la fait Sarkozy pendant la présidence Française de l’UE, et vous perdrez définitivement tous les électeurs !!!

  • Et je complète le message de Charles C. en ajoutant que ceux-là même qui nous ont exhortés à rejeter le projet de constitution se retrouvent aujourd’hui à faire des listes pour participer à une Europe qu’ils condamnaient hier.

    Quelle autre réponse à cette farce que l’abstention ?

  • En même temps, il faut regarder aussi les raisons pour laquelle ils appelaient à voter non au référendum de 2005. Tous ne l’ont pas fait au nom des souverainetés nationales, mais certains pour défendre la vision d’une Europe fédérale, ou pour d’autres projets.
    Mais « un refus de l’offre politique actuelle »… pour ce qu’on en a vu, de l’offre politique, pendant cette absence de campagne… Ca m’intéresserait de savoir combien de gens ignoraient qu’on votait ce jour-là. Le moins qu’on puisse dire, c’est que nos responsables politiques n’ont pas fait grand-chose pour nous intéresser à ce vote !

  • Si il existe, Edel, un plan B, quel qu’il soit, à cette Europe, son amorce ne peut que se créer qu’en dehors du système européen actuel. La participation de listes anciennement nonistes à cette dernière élection est leur simple aveu que, selon elles, le plan B n’existe pas. Elles rejoignent dans ce constat la théorie des ouistes de 2005.

    Farce politique, vous dis-je…

  • [...] This post was Twitted by PierreSam [...]

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