Europe – International

Obama, l’intellectuel et le politique

Valéry Rasplus

Par Valéry Rasplus

Essayiste, sociologue Membre du comité de rédaction de la revue « Des lois et des hommes »

Il fallait s’attendre à ce que la victoire électorale de Barak Obama soit épinglée comme un « produit très ordinaire du marketing politique ». Ce degré zéro de la pensée critique, due à Leonid Radzikhovski (membre du Conseil des experts de RIA Novosti, l’agence russe d’information internationale) dans le journal vzgliad1, laissait sous-entendre que les électeurs américains ont été plus des agents passifs que des acteurs conscients, plus des consommateurs de propagande que des producteurs de réflexions2, mais également que le président américain nouvellement élu serait plus un objet calculé et manufacturé qu’un sujet pensant et volontaire.

Or, non seulement Obama est un politique (ayant expérience de travailleur social et de juriste) mais il est aussi un intellectuel, chose qui est loin de se réduire à quelques pseudo-réflexions simplistes en pilotage automatique. Son parcours, son expérience et ses analyses ont quelque chose de singulier3. Clairement affiché comme un démocrate, de centre droit, à caractère pragmatique, il a su, lors de cette campagne marathon, rassembler concrètement au-delà de son propre camp, au-delà des communautés, des identités, des positions religieuses, des origines, des classes sociales et des générations dans l’espoir d’une rupture souhaitée avec l’administration en partance, celle de Bush. La distance de Mc Cain avec l’administration Bush n’y a pas suffit. Et il n’est pas sûr qu’Hillary Clinton soit arrivée au même résultat si elle avait été choisie comme candidate démocrate.

Obama hérite d’une situation catastrophique à l’international (guerres en Irak et en Afghanistan, tensions au Pakistan, interminable conflit israélo-arabe, interrogations diplomatiques avec l’Iran et la Russie,…) comme en politique intérieure (pauvreté et disparités criantes, santé, éducation, surpopulation carcérale, immigration, économie tangente, dépendance énergétique, …). Il serait naïf de penser qu’Obama en viendrait a bout sous son mandat et qu’une « révolution américaine » serait à l’ordre du jour. Au sein du Parti Démocrate on juge Bill Clinton plus « à gauche », c’est-à-dire plus « social », qu’Obama. C’est dire ! Ses marches de manoeuvre semblent mince, mais non inexistantes.

Si changement il doit y avoir, il devrait principalement se situer dans le style. Et son style, pour ceux qui le suivent depuis cette année 2004 où il se révéla véritablement, c’est dans un certain détachement passionnel, une retenue réfléchie s’exprimant au travers une gestuelle, une curiosité, une ouverture d’esprit et une rhétorique qui aurait fait le bonheur de Jean Stoetzel4. Ce style, encore peu analysé, en fera sûrement un redoutable et singulier interlocuteur. Entouré d’universitaires, l’ancien rédacteur en chef de la Harvard Law Review a exposé une partie de sa réflexion dans son livre programmatique « L’Audace d’espérer. Une nouvelle conception de la politique américaine »5 où quelques pistes originales y sont esquissées. Celui que Michael E. Dyson6 a surnommé « Le Kennedy noir », devra jongler entre les espoirs et la dure réalité qui en décevra plus d’un. Les attentes sont tellement grandes, et nous avons terminé de croire au Père Noël, sans avoir pour autant viré au nihilisme.

 

  1. http://vzgliad.ru/ [Revenir]
  2. 124 238 555 électeurs selon FoxNews : http://elections.foxnews.com/states_map/index.html [Revenir]
  3. Au point qu’une série de néologismes ont vu le jour : Obamania, Obamaniacon, Baracknophobia, … [Revenir]
  4. « La psychologie sociale », Flammarion, 1978. [Revenir]
  5. Presse de la Cité, 2007. [Revenir]
  6. Professeur de sociologie, Université de Georgetown. [Revenir]


3 commentaires

  • Je viens de lire cette analyse avec bonheur et même délectation.
    C’est toujours agréable de se sentir un peu moins idiot et un peu plus informé quand on est pas sur des poncifs et des affirmations de pure forme.
    Oui je crois que si Sarkozy à dit certaines choses sur BA c’est qu’il a flairé « l’animal politique » ce que dénote son parcours, sa manière et le résultat auquel il est arrivé avec une équipe mais en vrai leader qui ne se laisse pas dicter, du moins de manière apparente, des positions par des lobbies. Celà étant wahington DC reste la même et les officines qui s’y trouvent continueront avec les think tanks de peser de toutes leurs forces, mais la crédibilité des choix est en cause
    et l’économie US a un véritable défi de la santé et de la connaissance à relever.
    Le buy american act et des lois comme helms burton ne suffisent plus et la posture isolationniste est elle la solution ?
    bref il y a une sacré dynamique à impulser mais méfions nous car si america is back , ça pourrait semer le trouble et en tout cas ils n’ont pas rendu les armes dans les confrontations internationales, alors si hillary est secretary of state on risque de s’en rendre compte encore plus.
    Décidément « nous vivons une époque formidable »
    enfin c’est ce que nous espérons !

  • Cet excellent article est mis en avant par un internaute sur le site de Rue89 dans le cadre d’un Tchat qui aura lieu aujourd’hui à 16H30 où Jacques Mistral, auteur de « La Troisième révolution américaine »répondra aux questions. Venez enrichir ce débat. En attendant, appréciez l’intervention d’un commentateur qui vous prend pour une fleur déguisée en vache…Rasplus une femme à barbe?

    Réaction de Grégory | 28/11/2008 | 11H14
    Je l’ai lu, il est nul ce lien. Valéry Rasplus se content de dire que BO est aussi « un intellectuel », avec des idées singulières, mais elle est incapable d’en citer aucune.

    « Si changement il doit y avoir, il devrait principalement se situer dans le style. Et son style, pour ceux qui le suivent depuis cette année 2004 où il se révéla véritablement, c’est dans un certain détachement passionnel, une retenue réfléchie s’exprimant au travers une gestuelle, une curiosité, une ouverture d’esprit et une rhétorique qui aurait fait le bonheur de Jean Stoetzel. »

    Ah la vache ! On est bien avancé avec ça, dis-donc !

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    Réaction de Xavier denamur | restaurateur | 28/11/2008 | 13H07
    Affirmer dans la même phrase que le lien est nul et que Valéry Rasplus est une femme démontre le niveau d’analyse, et sortir un mot ou un demi phrase pour accompagner son raisonnement (s’il y en a un) est symptomatique d’un vraie rigueur intel-lectuelle.
    Comme le suggère Nobody, allez chercher l’information par vous même. Vous lirez dans ce lien pertinent cette phrase qu’il faudra remettre dans son contexte:
    « Or, non seulement Obama est un politique (ayant expérience de travailleur social et de juriste) mais il est aussi un intellectuel, chose qui est loin de se réduire à quelques pseudo-réflexions simplistes en pilotage automatique. »

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    Réaction de Nobody | hu? | 28/11/2008 | 13H27
    Et tu peux même y mettre tes appréciations ;-)

    http://www.delitsdopinion.com/2experts/obama-lintellectuel-et-le-politiq…

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  • Merci Monsieur pour cet article clair.

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