Tendances de société

Les Français et les réseaux sociaux : Je t’aime moi non plus !

Par Raphaël Leclerc

Facebook, Twitter, Google+, LinkedIn, Path, Instagram… La liste des réseaux sociaux est longue et s’allonge chaque jour un peu plus. Après l’ère des généralistes on observe depuis trois ans l’émergence de réseaux sociaux plus restreints et spécialisés, extensions numériques des regroupements sociaux s’organisant autour de passions et d’affinités, personnelles ou professionnelles.

En 2007, le premier baromètre des réseaux sociaux de l’Ifop mesurait une notoriété de 54% pour MySpace, de 38% pour Facebook et de 2% pour Twitter. A cette époque les candidats aux élections législatives et les entreprises qui osaient s’aventurer sur ce terrain « 2.0 » étaient perçus parfois comme des pionniers, souvent comme des victimes d’une mode qui bientôt devait passer…

Six ans plus tard il s’avère que les réseaux sociaux et la logique communautaire du 2.0 sont bien le symbole du 2e âge du Web ; une révolution au moins aussi importante que l’émergence d’Internet ; notamment pour les implications que les réseaux sociaux ont désormais sur l’organisation de la vie en société et sur nos modes de vie.

L’émergence d’une population miroir sur Internet

En quinze ans Internet s’est imposé et avec lui les réseaux sociaux au cours des dernières années. Si l’utilisation du téléphone portable a pu connaitre pendant longtemps des freins parmi certaines franges de la population, Internet, et a fortiori les réseaux sociaux, les ont dépassés à vitesse grand V. En 2013 la notoriété des grands réseaux sociaux n’a plus rien à envier à celles des plus grands groupes, parfois centenaires, du CAC40 : selon la dernière vague de l’Observatoire de l’Ifop (novembre 2012), Facebook possède une notoriété de 95%, Youtube atteint 94% alors que Twitter est désormais le 3e sur le podium avec un taux de notoriété de 89% auprès du grand public. En France, Facebook compte à ce jour 26 millions d’utilisateurs en France et  1 milliard dans le monde, dont 751 millions d’individus qui l’utilisent via leur mobile.

En une demi-décennie les réseaux sociaux ont donc franchi toutes les barrières de la société, parvenant à pénétrer les cercles familiaux, professionnels, politiques et même le monde de l’entreprise en profitant de l’atténuation de la fracture numérique.

La récente étude conduite par Ipsos pour Media Aces et dédiée à la question de l’utilisation de Twitter par les dirigeants d’entreprise a permis de démontrer, s’il en était besoin, que les réseaux sociaux n’étaient plus une astuce ou un gadget mais bien un outil et un domaine d’expertise qu’il s’agit de considérer comme tel. En effet, l’étude qualitative réalisée auprès d’une quinzaine de dirigeants (Clara Gaymard, Françoise Gri, Alexandre Bompard, etc.) démontre l’importance de l’expérience, de la transparence et de la réactivité que requiert Twitter, un outil qui permet aux dirigeants d’accroitre leur visibilité ; à condition d’identifier la ligne bonne éditoriale pour leur compte.

Une révolution au long cours qui suscite encore des craintes

Les récentes déclarations du Président Obama sur l’impossibilité de garantir la sécurité des citoyens sans renoncer à une partie de leur vie privée font échos aux craintes exprimées par les jeunes en France. A en juger par les résultats de l’Observatoire AXA réalisé par l’Institut CSA les parents considèrent que le risque d’utilisation des données personnelles par les réseaux sociaux est le principal danger perçu pour leurs enfants (40%) ; l’addiction aux nouvelles technologies arrivant en 2e position (39%), loin devant l’alcool (15%).

Plus globalement, les réseaux sociaux – et le temps que les Français y consacrent – posent de plus en plus de questions comme le souligne l’étude Ifop réalisée pour Enjeux Les Echos. En effet, sur le plan de l’utilité économique (contribution à l’impôt, création d’emplois, interaction avec des acteurs économiques, etc.) les Français se montrent très critiques : seul Amazon (36%) est jugé plutôt utile, tandis que Facebook ferme la marche avec 2% « d’utilité perçue » aux yeux des Français. Plus surprenant, ces mêmes services ne sont pas non plus jugés « indispensables », notamment les réseaux sociaux. Enfin, et c’est sans doute l’un des axes forts que ces géants du net devraient prendre en compte, plus d’un Français sur deux estiment que le développement de Facebook et de Twitter est « inquiétant » et qu’il peut poser des problèmes.

Work in progress…

Sécurité des données, utilité économique (et donc sociale), voici les chantiers d’image qui se posent aux réseaux sociaux alors que sur le plan du business leur rentabilité est encore dans une phase de consolidation. Tels deux icebergs, ces sujets de craintes doivent être traités au plus vite afin d’assurer la pérennité et la pertinence de ces réseaux sociaux désormais pleinement intégrés à l’environnement économico-politique français.

Malgré ce contexte on a tendance à oublier un peu trop rapidement la vitesse à laquelle ces réseaux sociaux, et Facebook notamment, ont su s’imposer comme des interlocuteurs de référence et des acteurs clefs de l’économie numérique. En quelques années les vulgaires sites de partage de photos de vacances ou de micro-blogging sont devenus la colonne vertebrale du lien social dans la vie réelle.

Après une phase de croissance forte pendant laquelle ils ont été plutôt défensifs en répondant points par points aux multiples attaques formulées par les médias, l’opinion publique et les pouvoirs publics, il semble envisageable d’ouvrir aujourd’hui un nouveau chapitre de leur histoire française. Chapitre au cours duquel l’utilité avérée de ces outils devra être reconnue, notamment en faisant la démonstration d’un rôle clef à jouer dans la société réelle.



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